Mes ancêtres les Gauloises – Une autobiographie de la France

Essai écrit par Elise Thiébaut, France, 2019

A l’heure de certaines inepties prononcées par des intellectuels racistes et masculinistes (qui parlent de « grand remplacement », de « Français de souche » et de « menace féministe »), Elise Thiébaut propose une autobiographie unique en son genre, au prisme de ses ancêtres, notamment les femmes. Elle y interroge son identité et celle de la France, à travers tests ADN, recherches généalogiques et archivistiques. Un essai passionnant quand on s’intéresse de près ou de loin à l’histoire, au féminisme et au colonialisme, facile à lire, écrit avec un ton incisif et souvent plein d’ironie !

Lait et miel

Recueil de poèmes écrits par Rupi Kaur, Canada, 2014

voici le voyage de
la survie par la poésie
voici le sang la sueur les larmes
de mes vingt et un ans
voici mon cœur
entre tes mains
voici
la douleur
l’amour
la rupture
la guérison
– rupi kaur –

La poétesse, artiste et militante Rupi Kaur a publié en 2014 cette anthologie de poèmes, initialement postés sur les réseaux sociaux. Une œuvre résolument féministe, qui aborde frontalement des sujets sensibles, expériences tirées de son vécu de femme : violences sexuelles, éducation des filles, inégalités au sein du couple… Elle accompagne certains poèmes de dessins touchants, qui rendent palpables ces expériences de femmes. A noter : Sabine Rolland a remarquablement traduit les poèmes de l’autrice en français, les rendant accessibles aux non-anglophones.

Affamée – Une histoire de mon corps

Essai écrit par Roxane Gay, Etats-Unis, 2019

A 12 ans, Roxane Gay est victime d’un viol collectif, organisé par celui qu’elle croit être son petit ami. Pour survivre, elle se met à manger, tout le temps, pour transformer son corps et l’ériger en forteresse inatteignable des hommes. Elle raconte comment elle a souhaité disparaitre, et en même temps comment ce corps transformé est devenu l’objet des critiques permanentes de son entourage, du monde médical et même de parfaits inconnus.

Après Bad Feminist, Roxane Gay revient cette fois sur son parcours personnel. Elle raconte l’histoire de son corps, à partir de laquelle elle analyse le rapport de notre société avec la grosseur : incompréhension, préjugés, dégoût, haine… Un livre important qui rappelle que le combat contre la grossophobie est plus que jamais d’actualité.

Sur ce sujet, on vous conseille aussi l’essai de l’autrice française Gabrielle Deydier : On ne naît pas grosse.

Les couilles sur la table

les couilles sur la table

Essai écrit par Victoire Tuaillon, France, 2019

Pourquoi, dans une écrasante majorité, les harceleurs, agresseurs et violeurs sont des hommes ? Pourquoi, après des décennies de féminisme, les femmes sont toujours soumises à la charge mentale, aux violences, à la domination masculine ?

Pour répondre à toutes ces questions, Victoire Tuaillon anime depuis 2017 un excellent podcast : « Les couilles sur la table ». En 2019, elle a synthétisé dans ce livre l’ensemble des sujets abordés dans le podcast, avec toujours cet angle particulier : la construction de la masculinité et ses conséquences. Un point de vue qui renouvelle la manière d’aborder les inégalités entre femmes et hommes : parce que s’il y a du sexisme, c’est bien qu’il vient de quelque part ! Les couilles sur la table est un livre très accessible et efficace, découpé en grands chapitres thématiques qui s’appuient sur les travaux de dizaines de chercheurs et chercheuses. A lire et à faire lire, notamment aux hommes de votre entourage qui s’intéressent aux questions féministes !

Le cercle du karma

Le cercle du karma

Roman écrit par Kunzang Choden, 2007, Bhoutan

Fille aînée frustrée de ne pas avoir eu l’éducation de ses frères, Tsomo décide de se rendre dans un temple éloigné de son village pour d’honorer la mémoire de sa mère décédée un an auparavant. Pour elle, commence alors de longues années de voyage.

Sans détour, Le cercle du karma plonge dans la vie de Tsomo, qu’on suit sur plusieurs décennies, de son adolescence à sa vieillesse. Du Bhoutan au nord de l’Inde en passant par le Népal, ce récit est celui d’une femme à la recherche de sa voie (familiale, religieuse, sociale). Au fil de ses rencontres, masculines et féminines, elle affine ses désirs et poursuit son chemin, tout en résistant à la société patriarcale. Le cercle du karma est le premier roman de l’autrice et se dévore.

Le grand marin

Le grand marin

Roman en partie autobiographique écrit par Catherine Poulain, 2016, France

En arrivant en Alaska, Lili n’a qu’un rêve en tête : s’embarquer sur un de ces navires qui pêche la morue et le flétan, au large, loin du monde des humains.

Le grand marin est un roman saisissant, qu’on a envie de lire d’une traite. L’autrice déroule le récit en nous embarquant complètement. Certes, le milieu qu’elle décrit est très masculin, mais l’héroïne n’en est que plus éclatante. Le sel de la mer, le froid de la nuit, ses émotions, sa volonté de se fondre dans le décor sont très bien racontés. Une déception cependant : on n’y croit pendant longtemps, mais non, le titre du roman ne fait pas référence à elle, cette héroïne, alors qu’elle l’aurait amplement mérité.

Petite forêt

Petite forêt manga

Manga écrit et dessiné par Igarashi Daisuke, 2004, Japon

Revenue de la ville, Ichiko vit dans le hameau de Komori (qui signifie « petite forêt »). Ici, seule dans sa maison et avec l’aide et la solidarité des autres habitant.e.s, elle apprend à passer les saisons avec cuisinant d’après des produits locaux cultivés par ses soins ou trouvés dans la campagne environnante

Petite forêt est un manga poétique et… très appétissant ! Chaque chapitre est associé à une recette que l’héroïne partage, d’après des souvenirs d’enfance, des conseils des autres villageoises et ses propres innovations culinaires. On la voit (ré)apprendre par elle-même ou avec le soutien de ses voisin.e.s (surtout les femmes) comment effectuer les travaux agricoles de toutes sortes, saisons après saisons. Un récit en deux tomes, serein, et qui vous donnera peut-être envie d’être autosuffisant.e vous aussi !

Le manga a fait l’objet d’une adaptation en film en Corée du sud.

Dans la forêt

Roman d’anticipation écrit par Jean Hegland, 1996, Etats-Unis

Nell, 17 ans, et Eva, 18 ans, rêvent : la première veut intégrer une université prestigieuse, la seconde souhaite devenir danseuse. Les deux sœurs vivent avec leurs parents dans une maison en pleine forêt californienne, loin de la ville la plus proche. Mais un jour, tout s’arrête : électricité, télécommunications… Puis, leurs parents meurent successivement. Les 2 sœurs sont alors contraintes de trouver des moyens de survivre, en gérant leurs ressources alimentaires et l’absence de nouvelles du monde extérieur.

Ce roman d’anticipation illustre la sororité. Ou comment deux jeunes femmes au sortir de l’adolescence, en perte de repères, vont s’entraider pour résister et survivre, ensemble. Un bel exemple d’écoféminisme aussi : comment, en tant que femmes, il est possible de reprendre attache avec la terre et ce qu’elle produit, pour se nourrir ou se soigner. Un petit regret : certains ressorts de l’intrigue, un peu simplistes et attendus, dont l’autrice aurait à notre avis pu se passer !

Une adaptation cinématographique (un peu plus effrayante que le livre !) a également été réalisé, avec Ellen Page et Evan Rachel Wood.

Ce qui se passe dans la forêt

Bande dessinée écrite et illustrée par Hilding Sandren, 2014, Suède

Aïda, Tess et Marlène ont 14 ans. Elles vivent en Suède, dans la région du Småland. Mais l’adolescence a des conséquences sur leur corps qui change et leurs relations avec leurs copains : les voici confrontées à de nouveaux comportements de la part des garçons, et même à des agressions…

Hilding Sandren dessine le passage de l’enfance à l’adulte, cette période délicate de l’adolescence, du point de vue de ces trois amies qui tentent de résister aux violences des garçons et de s’en sortir dans la sororité. Des dessins bruts au crayon illustrent cette histoire de temps qui passe, avec des paysages très beaux de la campagne suédoise. L’autrice a écrit une suite, dont les événements se déroulent deux ans plus tard : L’unE pour l’autrE.

L’unE pour l’autrE

Bande dessinée écrite et illustrée par Hilding Sandren, 2016, Suède

Aïda, Tess et Marlène ont désormais 16 ans. Adolescentes, elles se sentent chacune étouffées dans leur sphère familiale, entre violences conjugales, cocon trop étroit ou contrôle du grand frère. Elles rêvent d’indépendance. Une histoire d’amour nait entre deux d’entre elles. Et puis un jour, Marlène est violée par un jeune homme de leur entourage. Les amies vont devoir se serrer les coudes pour aider Marlène à survivre à cette agression.

Avant L’unE pour l’autrE, il y a eu Ce qui se passe dans la forêt. Les dessins ont évolué avec les personnages, même si on retrouve cette même patte brute, au crayon. Dans cette suite, qui se déroule deux ans après les faits du premier livre, on retrouve les trois héroïnes qui ont grandi. Elles sont révoltées par ce qu’elles vivent, leurs parents, l’isolement loin de la ville, les violences. Heureusement, leur amitié résiste et les aide à traverser les épreuves.