La fille aux sept noms

Roman écrit par Lee Hyeon-seo, 2015, Corée du Nord

Sept noms différents. C’est le nombre d’identités qu’il aura fallu à Hyeon-seo pour fuir la Corée du nord, traversant villes et frontières.

Connue pour avoir racontée son histoire dans une conférence TEDx en 2013, Lee Hyeon-seo met des mots sur le récit de sa vie. Sa vie en Corée du nord, l’épopée de sa fuite vers la Chine, les violences subies et évitées, ses espoirs et son parcours pour retrouver son chemin et sa famille entre tous les pays et identités empruntées au fil des mois. Un témoignage passionnant et haletant sur une réalité encore d’actualité.

Un autre regard

Bande dessinée écrite et dessinée par Emma, 2017, France

Maternité et violences gynécologiques, sexualités et connaissance de son corps, partage des tâches et charge mentale, racisme et violences policières… voici quelques uns des thèmes traités dans cette BD. Emma explique et analyse des faits de société, rendans accessibles des sujets politiques complexes.

Emma, on la connaît surtout pour sa bande dessinée sur la charge mentale, diffusée sur les réseaux sociaux, qui a contribué à une véritable prise de conscience sur le partage des tâches. Dans Un autre regard, trucs en vrac pour voir les choses autrement, on retrouve ce ton engagé et politique. Depuis, 3 autres tomes ont été publiés : Un autre regard 2, La charge émotionnelle et autres trucs invisibles, Des princes pas si charmants et autres illusions à dissiper ensemble… avec toujours ce même ton incisif et cette pédagogie !

Surfeuses du bout du monde

Beau livre réalisé par Séverine Rannou, photographies de Aicha Dupoy De Guitard, France, 2016

Petit beau livre au format horizontal, Surfeuses du bout du monde regroupe 140 photographies en noir et blanc et couleur de femmes qui font du surf, vers la presqu’île de Crozon, en Bretagne.

Dans la catégorie “beau livre relativement accessible aux bourses les plus modestes et à offrir à sa meilleure amie”, Surfeuses du bout du monde a clairement une belle place ! Déjà, le concept de départ est top : les deux autrices ont lancé une campagne de crowdfunding (réussie !) pour éditer elles-mêmes (et localement) cet ouvrage, premier livre sur les femmes surfeuses en Bretagne. C’est doux, c’est poétique, ça sent bon la mer et ça se recommande très chaleureusement !

Moi aussi, je voulais l’emporter

Bande dessinée réalisée par Julie Delporte, 2017, Canada, Finlande

Julie Delporte fait des recherches sur Tove Jansson, célèbre créatrice des Moomins, dont elle souhaite à l’origine consacrer son ouvrage… puis au fil de sa pensée et de ses pages, c’est d’elle-même et de sa condition de femme qu’elle finit par parler.

Moi aussi, je voulais l’emporter est un ouvrage déroutant. À la croisée entre la bande dessinée, le roman graphique et le carnet de voyage ou de pensées, il s’agit ici d’un petit bijou avec plein d’interrogations d’une femme ordinaire dans ce monde patriarcal. On aime l’auto-représentation de l’artiste non maquillée, avec ses poils aux jambes. Voilà un peu de poésie féministe à mettre dans votre bibliothèque.

Les pointes noires

Roman écrit par Sophie Noël, 2018, France

Ève est née au Mali et a grandi dans un orphelinat, où elle a découvert la danse classique qui devient sa passion. Un jour, un homme et une femme blanc.he.s arrivent de France pour l’adopter. Ève doit quitter sa meilleure amie et son pays d’origine… À son arrivée, elle commence les cours de danse, sa passion grandit, elle rêve de rentrer à l’École de danse de l’Opéra de Paris ! Oui, mais une remarque raciste la fait douter : y a-t-il des danseuses étoiles noires ?

Alors qu’il existe de nombreux romans pour ados sur la danse, celui-ci met en scène une héroïne noire, ce qui est bien trop rare. Il parle de passion, d’ambition et d’exigence, en montrant aussi les différentes formes de racisme dont Ève est victime : invisibilisation, insultes, discriminations, de la part de jeunes comme d’adultes. Il fait aussi réfléchir sur le conformisme de la danse classique (il y a aussi une évocation de la grossophobie). On pense aux collants « couleur chair »… mais chair de qui ? À mettre en regard avec Billy Elliott, évoqué dans le livre… qui cite également deux magnifiques danseuses noires, pionnières de la danse classique parfois si rigide : Misty Copeland et Michela DePrince.

Pas pour les filles

Autobiographie écrite par Mélissa Plaza, 2019, France

Enfant, Mélissa Plaza est déjà passionnée de football ! Mais pour devenir une internationale renommée, les obstacles sont nombreux… à la fois dans sa vie personnelle et dans sa vie académique puis professionnelle. Elle mène en parallèle une thèse sur les stéréotypes de genre dans le sport.

Mélissa Plaza met en lumière le sexisme, les violences et les discriminations qui pèsent sur elle parce qu’elle est femme et sportive de haut niveau. Mais aussi l’immense écart de traitement entre les équipes masculines et féminines, notamment en termes de budget et d’équipements.  Elle transmet sa passion avec ferveur ! Et le tout est rédigé en écriture inclusive, un vrai plaisir à lire !

L’insoumise 

Bande dessinée écrite par Marie-José Jaubert et dessinée par Chantal Montellier (d’après le film On l’appelait Christine de Marie-José Jaubert), 2013, France 

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes sont en situation de mal logement à Angers. Christine Brisset s’engage alors pour mettre fin à ces situations de précarité. Elle prend la tête d’un mouvement de squatters (plus de 800 occupations !), avant de fonder le Mouvement des Castors. Elle comparaîtra 49 fois devant des tribunaux entre 1949 et 1962…

Tout le monde connaît l’abbé Pierre… mais qui connaît Christine Brisset ? Cette femme engagée et militante a été complètement oubliée, alors que ces actions ont été incroyables, avec un véritable impact sur des populations mal logées vulnérables. Cette BD, adapté du film On l’appelait Christine, est donc indispensable pour mieux connaître notre matrimoine !

Celles qui attendent 

Roman écrit par Fatou Diome, 2010, France, Sénégal

Arame et Bougna vivent sur une île au Sénégal, où leurs vies quotidiennes sont rythmées par les tâches domestiques : s’occuper des enfants, faire les courses avec le peu d’argent à disposition, cuisiner… Elles sont chacune mères de 2 jeunes hommes qui, un jour, partent en pirogue vers l’Europe. Pour Arame et Bougna, mais aussi pour les épouses de leurs fils, commence alors la longue attente : quand vont-ils téléphoner ? Les nouvelles seront-elles régulières ? Reviendront-ils un jour ? Seront-ils devenus riches ?

Un très beau roman de l’autrice franco-sénégalaise Fatou Diome, très ancré dans l’actualité. Il parle du poids des migrations pour les familles restées au pays, de l’espoir que ces migrations suscitent. Le point de vue adopté est celui des femmes, mères ou épouses, condamnées à cette attente pesante, qu’on partage au fil des pages.

La bâtarde d’Istanbul 

Roman écrit par Elif Shafak, 2017, Turquie, États-Unis

En Turquie, Zeliha, 19 ans, cherche à avorter mais n’y parvient pas. Elle donne naissance à Asya, qui grandit entourée de femmes : sa mère, ses tantes, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Aux États-Unis, Armanoush grandit écartelée entre sa mère, qui se remarie avec un homme turc, et la famille arménienne de son père, très attachée aux traditions. Un jour, elle décide de partir en Turquie à la recherche de ses origines… et débarque dans la famille d’Asya.

Un beau roman avec quasiment uniquement des personnages femmes, de plusieurs générations, qui vivent leurs vies chacune à leur manière tout en restant soudées (notamment autour de la nourriture !). Les intrigues familiales imbriquées les unes les autres continuent à surprendre au fil des pages… Et puis, si vous ne connaissez pas déjà l’autrice Elif Shafak, ce roman permet de la découvrir ! Il fait aussi découvrir les cultures turques et arméniennes, le poids de l’Histoire et en particulier celui du génocide des Arménien.ne.s en 1915-1916.

Il fallait que je vous le dise

Écrit et dessiné par Aude Mermilliod, 2019, France

Aude Mermilliod a donné rendez-vous à Martin Winckler dans un café, au Québec. Elle lui raconte son avortement, 8 ans auparavant. Un parcours semé de difficultés. Puis, c’est Martin Winckler qui lui raconte comment il est devenu médecin militant.

Il fallait que je vous le dise est un beau roman graphique, témoignage vibrant de l’autrice qui raconte son avortement. Aude Mermilliod se livre sans tabou sur cette expérience, elle raconte son parcours médical et son ressenti douloureux, qui perdure malgré sa détermination. En deuxième partie et en miroir de la première, le récit du médecin Martin Winckler. Celui-ci raconte comment il a commencé à pratiquer des avortements, comment une infirmière lui a permis de sortir d’une posture très paternaliste, comment il est devenu l’auteur du Chœur des femmes. L’ensemble est très touchant, mettant en lumière le combat passé et toujours actuel pour le droit des femmes à avorter.