Tous tes enfants dispersés

Roman écrit par Beata Umubyeyi Mairesse, 2019, France, Rwanda

Blanche, rwandaise métisse, vit en France avec son mari et son fils Stokely depuis sa fuite du Rwanda pendant le génocide des Tutsis en 1994. Sa mère Immaculata est restée au Rwanda. Leurs récits croisés parlent de mémoire, de transmission, de traumatismes, d’exil, de reconstruction, de pardon.

Un très beau et émouvant premier roman, par l’autrice franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse. Chaque chapitre est rédigé du point de vue du ressenti d’un.e personnage : la mère, la fille, puis le petit-fils. Comment renouer les liens malgré la distance et les secrets ? Comment trouver sa place quand on a été exilée, quand on vit entre deux pays, quand on a vécu un traumatisme ?

Le pouvoir

Roman écrit par Naomi Alderman, 2016, Royaume-Uni 

Un jour, des adolescentes découvrent qu’elles possèdent “le pouvoir”. Du bout des doigts, elles peuvent créer des arcs électriques, détruire des objets, infliger de fortes douleurs, voire tuer. Progressivement, toutes les femmes découvrent qu’elles le possèdent également. Elles apprennent à le maîtriser. Une nouvelle religion se crée, des écoles non mixtes ouvrent pour protéger les garçons, des armés de femmes se mettent en marche. Car certaines femmes sont bien décidées à se venger du pouvoir masculin auparavant en place…

Le récit s’articule autour de 4 personnages : 2 adolescentes, une mairesse américaine et un journaliste nigérian. Dans la lignée des dystopies féministes comme La servante écarlate, Le pouvoir se lit vite, se dévore. Toutefois, on s’interroge : dans le livre, les femmes au pouvoir reproduisent très exactement les violences commises par les hommes (manipulation, violences physiques et sexuelles, dictature politique, doctrine religieuse violente…). On préfèrerait largement imaginer un monde féministe utopique, qui ne reproduirait pas à l’identique le pouvoir patriarcal en place. Par la même autrice, découvrez aussi La désobéissance !

La fille aux sept noms

Roman écrit par Lee Hyeon-seo, 2015, Corée du Nord

Sept noms différents. C’est le nombre d’identités qu’il aura fallu à Hyeon-seo pour fuir la Corée du nord, traversant villes et frontières.

Connue pour avoir racontée son histoire dans une conférence TEDx en 2013, Lee Hyeon-seo met des mots sur le récit de sa vie. Sa vie en Corée du nord, l’épopée de sa fuite vers la Chine, les violences subies et évitées, ses espoirs et son parcours pour retrouver son chemin et sa famille entre tous les pays et identités empruntées au fil des mois. Un témoignage passionnant et haletant sur une réalité encore d’actualité.

Les pointes noires

Roman écrit par Sophie Noël, 2018, France

Ève est née au Mali et a grandi dans un orphelinat, où elle a découvert la danse classique qui devient sa passion. Un jour, un homme et une femme blanc.he.s arrivent de France pour l’adopter. Ève doit quitter sa meilleure amie et son pays d’origine… À son arrivée, elle commence les cours de danse, sa passion grandit, elle rêve de rentrer à l’École de danse de l’Opéra de Paris ! Oui, mais une remarque raciste la fait douter : y a-t-il des danseuses étoiles noires ?

Alors qu’il existe de nombreux romans pour ados sur la danse, celui-ci met en scène une héroïne noire, ce qui est bien trop rare. Il parle de passion, d’ambition et d’exigence, en montrant aussi les différentes formes de racisme dont Ève est victime : invisibilisation, insultes, discriminations, de la part de jeunes comme d’adultes. Il fait aussi réfléchir sur le conformisme de la danse classique (il y a aussi une évocation de la grossophobie). On pense aux collants « couleur chair »… mais chair de qui ? À mettre en regard avec Billy Elliott, évoqué dans le livre… qui cite également deux magnifiques danseuses noires, pionnières de la danse classique parfois si rigide : Misty Copeland et Michela DePrince.

Pas pour les filles

Autobiographie écrite par Mélissa Plaza, 2019, France

Enfant, Mélissa Plaza est déjà passionnée de football ! Mais pour devenir une internationale renommée, les obstacles sont nombreux… à la fois dans sa vie personnelle et dans sa vie académique puis professionnelle. Elle mène en parallèle une thèse sur les stéréotypes de genre dans le sport.

Mélissa Plaza met en lumière le sexisme, les violences et les discriminations qui pèsent sur elle parce qu’elle est femme et sportive de haut niveau. Mais aussi l’immense écart de traitement entre les équipes masculines et féminines, notamment en termes de budget et d’équipements.  Elle transmet sa passion avec ferveur ! Et le tout est rédigé en écriture inclusive, un vrai plaisir à lire !

Celles qui attendent 

Roman écrit par Fatou Diome, 2010, France, Sénégal

Arame et Bougna vivent sur une île au Sénégal, où leurs vies quotidiennes sont rythmées par les tâches domestiques : s’occuper des enfants, faire les courses avec le peu d’argent à disposition, cuisiner… Elles sont chacune mères de 2 jeunes hommes qui, un jour, partent en pirogue vers l’Europe. Pour Arame et Bougna, mais aussi pour les épouses de leurs fils, commence alors la longue attente : quand vont-ils téléphoner ? Les nouvelles seront-elles régulières ? Reviendront-ils un jour ? Seront-ils devenus riches ?

Un très beau roman de l’autrice franco-sénégalaise Fatou Diome, très ancré dans l’actualité. Il parle du poids des migrations pour les familles restées au pays, de l’espoir que ces migrations suscitent. Le point de vue adopté est celui des femmes, mères ou épouses, condamnées à cette attente pesante, qu’on partage au fil des pages.

La bâtarde d’Istanbul 

Roman écrit par Elif Shafak, 2017, Turquie, États-Unis

En Turquie, Zeliha, 19 ans, cherche à avorter mais n’y parvient pas. Elle donne naissance à Asya, qui grandit entourée de femmes : sa mère, ses tantes, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Aux États-Unis, Armanoush grandit écartelée entre sa mère, qui se remarie avec un homme turc, et la famille arménienne de son père, très attachée aux traditions. Un jour, elle décide de partir en Turquie à la recherche de ses origines… et débarque dans la famille d’Asya.

Un beau roman avec quasiment uniquement des personnages femmes, de plusieurs générations, qui vivent leurs vies chacune à leur manière tout en restant soudées (notamment autour de la nourriture !). Les intrigues familiales imbriquées les unes les autres continuent à surprendre au fil des pages… Et puis, si vous ne connaissez pas déjà l’autrice Elif Shafak, ce roman permet de la découvrir ! Il fait aussi découvrir les cultures turques et arméniennes, le poids de l’Histoire et en particulier celui du génocide des Arménien.ne.s en 1915-1916.

La chambre solitaire

Écrit par SHIN Kyong-suk, 1999, Corée du sud

L’été de ses 16 ans, l’héroïne de ce roman quitte sa campagne natale pour Séoul. Pour pouvoir continuer ses études et réaliser son rêve de devenir écrivaine, travailler à l’usine se révèle être une solution afin d’accéder à des cours du soir.

Doux, poétique, résolu, changeant d’époque par flashback entre l’écrivaine d’aujourd’hui et la jeune femme qu’elle était avant, La chambre solitaire se lit, se repose sur une étagère et reste en tête longtemps. On y découvre la réalité des conditions de travail et de vie des femmes à l’usine dans les années 1980. Une bonne lecture.

Anna Karénine

Écrit par Léon Tolstoï, 1877, Russie

A Moscou, Stéphane Oblonski est en froid avec son épouse, Dolly, qui menace de le chasser de chez eux pour cause d’infidélité. Lévine et Kitty (jeune soeur de Dolly) sont amoureux, mais Lévine est trop timide pour se déclarer, et le comte Vronski commence à sérieusement tourner autour de Kitty. Quand Anna Karénine, splendide et respectable épouse d’Alexis Karénine se rend auprès de son frère Stéphane et de sa belle-soeur Dolly à Moscou pour tenter de les réconcilier, Vronski tombe éperdument amoureux d’Anna… et Anna, de lui.

Anna Karénine, un titre qui évoque un pavé de la littérature russe, et une femme. Même si la méfiance peut être de mise pour ce portrait de femme écrit par un homme, l’oeuvre mérite le détour : on découvre ici des personnages féminins puissants, qui ont une réelle consistance et histoire, des vies à elles et sont relativement actrices de leurs choix. Certes, le point de vue est majoritairement masculin, mais régulièrement, les lectrices et lecteurs auront l’impression de suivre les pensées de Anna, Kitty, Dolly et les autres femmes du roman.

Tolstoï aborde également des sujets dits « féminins », osés pour l’époque et parfois jamais évoqués en littérature avant lui (l’adultère féminin et la sexualité des femmes, l’accouchement à la fois du point de vue de la femme enceinte/en train d’accoucher et de celui de l’homme/futur père, le choix être mère et heureuse/mère et malheureuse, ne pas ou ne plus vouloir être mère…). Et si on sait lire entre les lignes, est-ce qu’on oserait deviner une personnage (ultra-secondaire, on vous l’accorde) lesbienne ?! On vous laisse vérifier cela.

La force de l’âge

Écrit par Simone de Beauvoir, 1960, France

Entre 1929 à 1944, Simone de Beauvoir commence à travailler, prend goût au voyage, seule ou accompagnée, démarre sa vie littéraire et culturelle, et pose les premières bases de son engagement politique après la guerre. 

Ce 2ème tome des mémoires de Simone de Beauvoir est peut-être notre préféré. Il se lit très bien, comme un roman, et les récits de la vie quotidienne pendant la seconde guerre mondiale et pendant l’occupation sont vibrants, parfois inédits, et toujours passionnants. Bien que rencontré à la fin de Mémoire d’une jeune fille rangée, ça n’est que dans ce tome de ses mémoires que Simone de Beauvoir commence à parler de Jean-Paul Sartre.

Parmi les nombreux volumes écrits, ses mémoires (en 5 tomes tout de même, dont Mémoires d’une jeune fille rangée, La force de l’âge, La force des choses I et II, et Tout compte fait) constituent un éclairage fascinant sur sa vie, sa construction en tant qu’écrivaine, philosophe, militante politique et féministe, mais aussi sur toute la société française des années 20 aux années 70.