La Papeterie Tsubaki

La Papeterie Tsubaki

Roman écrit par Ito Ogawa, 2018, Japon

Hatoko, dite Poppo, est de retour à Kamakura, la ville où elle a grandi, pour reprendre la papeterie de sa grand-mère, « l’Aînée », qui vient de décéder. En plus de la papeterie, Poppo, reprend le rôle d’écrivaine publique. Entre redécouverte de la ville, souvenirs de sa grand-mère et commandes d’écriture, la vie de Poppo est calme mais bien remplie.

La Papeterie Tsubaki est le roman idéal pour prendre une pause hors du temps et se laisser porter par le récit, poétique et envoûtant, de Ito Ogawa (qui a aussi écrit Le Jardin arc-en-ciel). On a beaucoup aimé connaître le détail de chaque commande d’écriture, des plus classiques aux plus insolites, et de voir graviter une foule de personnages attachants autour de l’héroïne (y compris le fantôme de sa grand-mère qu’elle apprendra à connaître après sa mort en habitant sa maison et en occupant les mêmes activités). Pour prolonger le plaisir, une suite est disponible sous le titre de La République du bonheur.

L’école des soignantes

Roman écrit par Martin Winckler, 2019, France

En 2039, Hannah abandonne le code informatique et intègre une école de soins expérimentale, qui se concentre sur la bienveillance et la formation empathique des soignantes. Quelques mois après son arrivée, il entre en résidence au Pôle Psycho où exerce Djinn Atwood…

L’auteur du Chœur des femmes revient avec ce roman utopique, plaidoyer pour une révolution de la médecine. On a d’ailleurs plaisir à retrouver dans L’école des soignantes l’héroïne du Chœur des femmes. Plaisir également, la rédaction en écriture inclusive, et même au-delà : c’est le féminin qui l’emporte dans le livre ! Certes, le personnage principal est ici un homme, mais presque 100% des autres personnages sont des femmes. Bref, un chouette roman qui se dévore.

Nous sommes l’eau

Nous sommes l'eau

Roman écrit par Wally Lamb, 2014, Etats-Unis

Annie, la cinquantaine, est sur le point de se marier avec Viveca. Alors que les préparatifs du mariage s’accélèrent, son ex-mari Orion et leurs trois enfants Ariane, Andrew et Marissa, ruminent et s’interrogent sur ce qui a été leur famille. De son côté, Annie est pleine de doutes et lourde de secrets qu’elle n’a jamais révélé.

Nous sommes l’eau a pour personnage centrale une cinquantenaire, devenue artiste et lesbienne sur le tard, et dont la colère et la douleur intérieures se ressentent à chaque page. Deuil, enfance maltraitée, inceste, pauvreté et différences de classe sociale, reconnaissance du lesbianisme et religion, tant de sujets contemporains sont évoqués. Le roman est découpé en chapitres qui donnent la narration à chacun des personnages à tour de rôle. Ces points de vue multiples sont assez intéressants pour voir l’impact qu’ont les secrets de famille et les violences sur ses différents membres. Cependant, l’auteur reste un homme et les chapitres racontés par des personnages masculins sont assez particuliers : l’auteur veut-il nous rendre les personnages masculins sympathiques malgré leurs faits de violence ou est-ce que justement, l’écriture est suffisamment subtile pour que les lectrices et lecteurs n’entrent jamais complètement en empathie avec eux ? Dommage également que le mot de la fin de soit pas donné à Annie mais à son ex-mari. On vous laisse lire et vous faire votre propre avis.

Les incroyables aventures des soeurs Shergill

Les incroyables aventures soeurs shergill

Roman écrit par Balli Kaur Jaswal, 2020, Royaume-Uni, Inde

Sur son lit d’hôpital, avant de mourir, Sita écrit une lettre pour ses filles : elle souhaite qu’elles effectuent un pèlerinage en Inde après sa mort. Quelques mois plus tard, Rajni, Jezmeen et Shirina se retrouvent effectivement en Inde… et tout ne se passe pas comme prévu.

Voilà un roman qui mêle habilement le voyage, la sororité et le deuil. Dans ce voyage qu’elles sont obligées de faire ensemble, ces trois sœurs, très différentes par leur personnalité et leur style de vie, vont devoir réapprendre à vivre ensemble et à échanger leurs secrets depuis trop longtemps dissimulés. Les trois héroïnes sont attachantes et on tourne facilement les pages les unes après les autres pour enfin découvrir quels sont tous leurs secrets et savoir quand et comment ces trois sœurs vont enfin se rabibocher. En plus, sans en avoir l’air, le récit aborde des sujets résolument féministes. Un coup de cœur !

Chavirer

Roman écrit par Lola Lafon, France, 2020

En 1984, Cléo a 13 ans et aspire à devenir danseuse. Alors, quand elle rencontre une mystérieuse femme qui lui promet une bourse et la notoriété, elle saute à pieds joints dans le piège. Un piège, car Cléo est embarquée dans un réseau de proxénétisme infantile, qui la brise. 

Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lola Lafon aborde frontalement les violences sexuelles dans un roman qui parle d’emprise, de viols d’enfants, de traumatisme, de culpabilité. Par son récit et son écriture si prenants, elle déclenche des émotions intenses. Chaque chapitre permet de découvrir un morceau de l’histoire de Cléo (et de Betty, une autre très jeune fille piégée de la même manière), depuis les yeux d’une personne qui les a connues : la colocataire-amante, l’habilleuse attentionnée… L’autrice rend aussi un bel hommage au monde de la danse. 

Un roman qui fait écho au Consentement de Vanessa Springora et à La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon.

Térébenthine

Roman écrit par Carole Fives, France, 2020

Dans les années 2000, la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts de Lille. Elle rêve de devenir artiste peintre. Elle rencontre Luc et Lucie, qui rêvent également de peinture alors que leurs professeurs passent leur temps à les décourager de peindre, à encourager “la performance”. 

Carole Fives nous embarque dans les sous-sols des Beaux-Arts, dans l’intimité créatrice de ses trois personnages méprisés par leurs camarades et professeurs, unis dans une passion commune parfois destructrice. Dans ce roman inspiré de sa vie, écrit à la deuxième personne du singulier (ce qui peut dérouter), elle évoque aussi avec force l’invisibilisation des femmes artistes, et invoque leurs noms pour inverser le machisme ambiant. 

La république du bonheur

Roman écrit par Ito Ogawa, Japon, 2020

Hatoko vient d’épouser Mitsurô et découvre progressivement la vie de famille, avec son mari et sa petite fille surnommée QP. Elle tient une papeterie et occupe aussi la position d’écrivaine publique, qui lui permet de belles rencontres avec des client.e.s venu.e.s lui demander de rédiger des courriers. 

L’autrice du Jardin arc-en-ciel raconte de nouveau une histoire de vie joyeuse, sur un temps plus court cette fois-ci. Il s’agit de la suite de La papeterie Tsubaki (mais il peut se lire seul aussi !). Comme dans d’autres romans japonais, le temps est comme suspendu dans ce récit où il ne se passe finalement pas grand chose ! Mais c’est aussi ce qu’on aime, cette quiétude, cette succession de petits événements du quotidien qui nous rappellent qu’une vie simple est aussi une vie heureuse. Un roman tout doux, ponctué des illustrations des lettres calligraphiées par Hatoko. 

Pour une autre histoire mettant en scène une écrivaine publique, on vous conseille Les Victorieuses.

La petite dernière

Roman écrit par Fatima Daas, France, 2020

« Je m’appelle Fatima », c’est ainsi que commence chaque chapitre de ce premier roman-monologue, partiellement autobiographique. Fatima Daas égrène toutes ses identités, de femme, de Française d’origine algérienne, de Clichoise, etc. Un roman au rythme particulier, assez envoûtant, d’une femme qui assume aussi ses contradictions et son inadaptation au monde. Musulmane, sa foi est un fil rouge du roman, et elle nous invite à partager ses prières avec elle. Lesbienne, aussi, elle le dit entre les lignes… tout en ne trouvant pas vraiment ça bien, tout en assumant une certaine homophobie intériorisée, une identité « pêcheresse ». Bref, un roman pas banal, qui percute, et qu’on conseille !

Le cercle du karma

Le cercle du karma

Roman écrit par Kunzang Choden, 2007, Bhoutan

Fille aînée frustrée de ne pas avoir eu l’éducation de ses frères, Tsomo décide de se rendre dans un temple éloigné de son village pour d’honorer la mémoire de sa mère décédée un an auparavant. Pour elle, commence alors de longues années de voyage.

Sans détour, Le cercle du karma plonge dans la vie de Tsomo, qu’on suit sur plusieurs décennies, de son adolescence à sa vieillesse. Du Bhoutan au nord de l’Inde en passant par le Népal, ce récit est celui d’une femme à la recherche de sa voie (familiale, religieuse, sociale). Au fil de ses rencontres, masculines et féminines, elle affine ses désirs et poursuit son chemin, tout en résistant à la société patriarcale. Le cercle du karma est le premier roman de l’autrice et se dévore.

Le grand marin

Le grand marin

Roman en partie autobiographique écrit par Catherine Poulain, 2016, France

En arrivant en Alaska, Lili n’a qu’un rêve en tête : s’embarquer sur un de ces navires qui pêche la morue et le flétan, au large, loin du monde des humains.

Le grand marin est un roman saisissant, qu’on a envie de lire d’une traite. L’autrice déroule le récit en nous embarquant complètement. Certes, le milieu qu’elle décrit est très masculin, mais l’héroïne n’en est que plus éclatante. Le sel de la mer, le froid de la nuit, ses émotions, sa volonté de se fondre dans le décor sont très bien racontés. Une déception cependant : on n’y croit pendant longtemps, mais non, le titre du roman ne fait pas référence à elle, cette héroïne, alors qu’elle l’aurait amplement mérité.