Les incroyables aventures des soeurs Shergill

Les incroyables aventures soeurs shergill

Roman écrit par Balli Kaur Jaswal, 2020, Royaume-Uni, Inde

Sur son lit d’hôpital, avant de mourir, Sita écrit une lettre pour ses filles : elle souhaite qu’elles effectuent un pèlerinage en Inde après sa mort. Quelques mois plus tard, Rajni, Jezmeen et Shirina se retrouvent effectivement en Inde… et tout ne se passe pas comme prévu.

Voilà un roman qui mêle habilement le voyage, la sororité et le deuil. Dans ce voyage qu’elles sont obligées de faire ensemble, ces trois sœurs, très différentes par leur personnalité et leur style de vie, vont devoir réapprendre à vivre ensemble et à échanger leurs secrets depuis trop longtemps dissimulés. Les trois héroïnes sont attachantes et on tourne facilement les pages les unes après les autres pour enfin découvrir quels sont tous leurs secrets et savoir quand et comment ces trois sœurs vont enfin se rabibocher. En plus, sans en avoir l’air, le récit aborde des sujets résolument féministes. Un coup de cœur !

Chavirer

Roman écrit par Lola Lafon, France, 2020

En 1984, Cléo a 13 ans et aspire à devenir danseuse. Alors, quand elle rencontre une mystérieuse femme qui lui promet une bourse et la notoriété, elle saute à pieds joints dans le piège. Un piège, car Cléo est embarquée dans un réseau de proxénétisme infantile, qui la brise. 

Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lola Lafon aborde frontalement les violences sexuelles dans un roman qui parle d’emprise, de viols d’enfants, de traumatisme, de culpabilité. Par son récit et son écriture si prenants, elle déclenche des émotions intenses. Chaque chapitre permet de découvrir un morceau de l’histoire de Cléo (et de Betty, une autre très jeune fille piégée de la même manière), depuis les yeux d’une personne qui les a connues : la colocataire-amante, l’habilleuse attentionnée… L’autrice rend aussi un bel hommage au monde de la danse. 

Un roman qui fait écho au Consentement de Vanessa Springora et à La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon.

Térébenthine

Roman écrit par Carole Fives, France, 2020

Dans les années 2000, la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts de Lille. Elle rêve de devenir artiste peintre. Elle rencontre Luc et Lucie, qui rêvent également de peinture alors que leurs professeurs passent leur temps à les décourager de peindre, à encourager “la performance”. 

Carole Fives nous embarque dans les sous-sols des Beaux-Arts, dans l’intimité créatrice de ses trois personnages méprisés par leurs camarades et professeurs, unis dans une passion commune parfois destructrice. Dans ce roman inspiré de sa vie, écrit à la deuxième personne du singulier (ce qui peut dérouter), elle évoque aussi avec force l’invisibilisation des femmes artistes, et invoque leurs noms pour inverser le machisme ambiant. 

La république du bonheur

Roman écrit par Ito Igawa, Japon, 2020

Hatoko vient d’épouser Mitsurô et découvre progressivement la vie de famille, avec son mari et sa petite fille surnommée QP. Elle tient une papeterie et occupe aussi la position d’écrivaine publique, qui lui permet de belles rencontres avec des client.e.s venu.e.s lui demander de rédiger des courriers. 

L’autrice du Jardin arc-en-ciel raconte de nouveau une histoire de vie joyeuse, sur un temps plus court cette fois-ci. Il s’agit de la suite de La papeterie Tsubaki (mais il peut se lire seul aussi !). Comme dans d’autres romans japonais, le temps est comme suspendu dans ce récit où il ne se passe finalement pas grand chose ! Mais c’est aussi ce qu’on aime, cette quiétude, cette succession de petits événements du quotidien qui nous rappellent qu’une vie simple est aussi une vie heureuse. Un roman tout doux, ponctué des illustrations des lettres calligraphiées par Hatoko. 

Pour une autre histoire mettant en scène une écrivaine publique, on vous conseille Les Victorieuses.

La petite dernière

Roman écrit par Fatima Daas, France, 2020

« Je m’appelle Fatima », c’est ainsi que commence chaque chapitre de ce premier roman-monologue, partiellement autobiographique. Fatima Daas égrène toutes ses identités, de femme, de Française d’origine algérienne, de Clichoise, etc. Un roman au rythme particulier, assez envoûtant, d’une femme qui assume aussi ses contradictions et son inadaptation au monde. Musulmane, sa foi est un fil rouge du roman, et elle nous invite à partager ses prières avec elle. Lesbienne, aussi, elle le dit entre les lignes… tout en ne trouvant pas vraiment ça bien, tout en assumant une certaine homophobie intériorisée, une identité « pêcheresse ». Bref, un roman pas banal, qui percute, et qu’on conseille !

Le cercle du karma

Le cercle du karma

Roman écrit par Kunzang Choden, 2007, Bhoutan

Fille aînée frustrée de ne pas avoir eu l’éducation de ses frères, Tsomo décide de se rendre dans un temple éloigné de son village pour d’honorer la mémoire de sa mère décédée un an auparavant. Pour elle, commence alors de longues années de voyage.

Sans détour, Le cercle du karma plonge dans la vie de Tsomo, qu’on suit sur plusieurs décennies, de son adolescence à sa vieillesse. Du Bhoutan au nord de l’Inde en passant par le Népal, ce récit est celui d’une femme à la recherche de sa voie (familiale, religieuse, sociale). Au fil de ses rencontres, masculines et féminines, elle affine ses désirs et poursuit son chemin, tout en résistant à la société patriarcale. Le cercle du karma est le premier roman de l’autrice et se dévore.

Le grand marin

Le grand marin

Roman en partie autobiographique écrit par Catherine Poulain, 2016, France

En arrivant en Alaska, Lili n’a qu’un rêve en tête : s’embarquer sur un de ces navires qui pêche la morue et le flétan, au large, loin du monde des humains.

Le grand marin est un roman saisissant, qu’on a envie de lire d’une traite. L’autrice déroule le récit en nous embarquant complètement. Certes, le milieu qu’elle décrit est très masculin, mais l’héroïne n’en est que plus éclatante. Le sel de la mer, le froid de la nuit, ses émotions, sa volonté de se fondre dans le décor sont très bien racontés. Une déception cependant : on n’y croit pendant longtemps, mais non, le titre du roman ne fait pas référence à elle, cette héroïne, alors qu’elle l’aurait amplement mérité.

Dans la forêt

Roman d’anticipation écrit par Jean Hegland, 1996, Etats-Unis

Nell, 17 ans, et Eva, 18 ans, rêvent : la première veut intégrer une université prestigieuse, la seconde souhaite devenir danseuse. Les deux sœurs vivent avec leurs parents dans une maison en pleine forêt californienne, loin de la ville la plus proche. Mais un jour, tout s’arrête : électricité, télécommunications… Puis, leurs parents meurent successivement. Les 2 sœurs sont alors contraintes de trouver des moyens de survivre, en gérant leurs ressources alimentaires et l’absence de nouvelles du monde extérieur.

Ce roman d’anticipation illustre la sororité. Ou comment deux jeunes femmes au sortir de l’adolescence, en perte de repères, vont s’entraider pour résister et survivre, ensemble. Un bel exemple d’écoféminisme aussi : comment, en tant que femmes, il est possible de reprendre attache avec la terre et ce qu’elle produit, pour se nourrir ou se soigner. Un petit regret : certains ressorts de l’intrigue, un peu simplistes et attendus, dont l’autrice aurait à notre avis pu se passer !

Une adaptation cinématographique (un peu plus effrayante que le livre !) a également été réalisé, avec Ellen Page et Evan Rachel Wood.

Une dame perdue

Roman écrit par Willa Cather, 1923, Etats-Unis

Marian Forrester forme avec son mari, de 25 ans son aîné, un couple parfait. Mr. Forrester est riche : il a investi dans le chemin de fer qui traverse les plaines de l’ouest. Mais un jour, tout s’arrête : Mr. Forrester se blesse, puis tombe malade, puis est ruiné. Pourtant, Marian est faite pour la ville, les grands dîners et les bals, et non pour passer l’hiver dans les plaines reculées et marécageuses de Sweet Water…

On connait bien peu Willa Cather, romancière américaine lesbienne, pourtant reconnue aux Etats-Unis. Ce roman est l’occasion de découvrir un thème qui lui est cher : la « conquête » de l’Ouest est ses suites. A travers les yeux d’un jeune homme d’abord admiratif, puis très critique, on découvre cette femme déchue qu’est Marian, ce déclin progressif où les « conquérants » sont remplacés par les banquiers. L’autrice dépeint ce portrait d’une manière un peu déroutante, nostalgique mais assez envoûtante.

Kim Jiyoung, née en 1982

Kim jiyoung née en 1982

Roman écrit par Cho Nam-joo, 2016, Corée du Sud

Kim Jiyoung, trentenaire et mère d’un enfant en bas-âge, se réveille un jour et parle comme si elle était une autre femme. Les jours suivant, elle empruntera d’autres comportements et d’autres voix de femmes d’elle a connues. Que s’est-il passé ? Pour comprendre, il faut remonter le temps.

A travers plusieurs chapitres découpés par périodes chronologiques, la vie de Kim Jiyoung est déroulée : son enfance au sein d’une famille peu favorisée coincée entre sa grande sœur et son petit frère, roi de la maison, son adolescence et les premiers questionnements sur le monde qui l’entoure, sa vie étudiante, ses galères de jeune femme diplômée arrivant sur le marché du travail encore largement dominé par les hommes, et puis sa vie d’épouse. Le fil rouge dans tout ça : sa réflexion et sa compréhension progressive de la société patriarcale dans laquelle elle se trouve coincée. Il y a parfois des choses qui clochent, qu’elle ne trouve pas normales, qu’elle accumule, jusqu’à craquer. Le court chapitre final, raconté cette fois-ci du point de vue d’un homme, est une illustration ironique et par-fai-te de l’incompréhension et de l’impossibilité des hommes d’imaginer ce que peuvent vivre les femmes. Pour un premier roman, c’est une vraie réussite !

Grand succès en Corée du Sud, le roman a déjà été adapté en film.