Les dames de Kimoto

Roman écrit par Sawako Ariyoshi, 1959, Japon

A 20 ans, Hana se prépare à épouser un homme qu’elle n’a vu qu’une seule fois… et donc à quitter Toyono, sa grand-mère adorée qui l’a élevée et lui a transmis les traditions ancestrales. Pourtant, le monde est en pleine mutation… et ce sera d’autant plus criant quand Fumio, la fille d’Hana, se rebellera contre les traditions.

Écrit en 1959, Les dames de Kimoto est un récit prenant sur 4 générations de femmes, de la grand-mère Toyono à la petite fille Hanako, avec Hana comme figure centrale, comme fil rouge du roman. De la fin du XIXème siècle à la moitié du XXème siècle, Sawako Ariyoshi dépeint l’évolution de la condition des femmes japonaises et les rapports entre générations, entre tradition et modernité. Un petit regret : quelques coquilles émaillent le récit, et la traduction est peut-être un peu datée.

La femme gelée

Roman écrit par Annie Ernaux, 1981, France

Fille de commerçants, Annie grandit dans un environnement atypique : sa mère travaille et fait le ménage quand elle a le temps (c’est-à-dire pas souvent), son père tient un café, fait la cuisine et la vaisselle… à l’inverse du modèle dominant. Sa mère la pousse à étudier, elle rêve de liberté. Puis elle se marie. Et là, c’est le drame : monsieur travaille, il réclame des enfants sages, une maison propre et bien rangée, il veut mettre les pieds sous la table en rentrant et manger des bons petits plats.

Écrit en 1981, ce roman autobiographique est vibrant d’actualité. En le lisant, on pense éducation stéréotypée, charge mentale, partage des tâches domestiques, conciliation vie pro / vie perso… et on se rappelle qu’il y a encore du boulot ! Annie Ernaux, qui cite Simone de Beauvoir et Virginia Woolf, décrit comment la société conditionne les filles et les garçons, les femmes et les hommes. Comment, même en ayant des idéaux égalitaires, le couple hétérosexuel et les enfants ramènent les femmes à un modèle figé, “gelé”. Par la même autrice, on vous conseille aussi L’événement et Les années.

La Passe-miroir

Série de 4 romans écrits par Christelle Dabos, 2013-2019, France

Ophélie vit sur Anima, une “arche” (une sorte d’île suspendue dans le ciel) avec sa famille. La jeune femme est dotée de pouvoirs : elle peut “lire” l’histoire des objets qu’elle touche, et voyager à travers les miroirs ! Mais un jour, elle apprend qu’elle doit se marier avec un inconnu, qui vit sur une autre arche…

Les 4 tomes de La Passe-miroir (Les Fiancés de l’hiver, Les Disparus du Clairdelune, La Mémoire de Babel, La Tempête des échos) se dévorent, tout simplement ! Si vous aimez les romans de fantasy pour jeunes adultes, foncez sans hésiter. L’héroïne est attachante et forte, l’univers est intrigant, avec de nombreux personnages très divers, l’intrigue est politique, sociale (coucou les rapports de classe et de sexe)… Bon, il faut passer outre ce mariage “arrangé-forcé” avec un homme glacial et vraiment pas sympa, qui termine (honnêtement ce n’est pas un spoiler) en histoire d’amour (parce que c’est connu, les “bad boys” sont les meilleurs amoureux… non).

Filles de la mer

Roman écrit par Mary Lynn Bracht, 2018, États-Unis, Corée du sud

Dans les années 1940, sur l’île de Jeju, Hana apprend avec sa mère le métier des Haenyeo, les pêcheuses de coquillages connues comme d’excellentes plongeuses en apnée, tandis que sa petite soeur, Emi, l’attend sur le rivage. Un jour, pour sauver Emi, Hana se laisse enlever par les soldats japonais. Le récit alterne celui d’Hana, en 1943, réduite en esclave sexuelle par l’armée japonaise, et celui d’Emi, en 2011, fouillant dans sa mémoire à la fin de sa vie, à la recherche de cette soeur perdue depuis longtemps.

Fille de la mer est un roman poignant, qui bouleverse, prend au corps et vous fait même verser quelques larmes. La narration croisée entre les deux soeurs à des époques différentes est très bien ficelée, entre l’horreur d’Hana qu’on suit, déportée, violée et violentée, de Corée jusqu’en Mandchourie, et le tabou qui reste au sein de la société coréenne des dizaines années plus tard, du point de vue d’Emi. Si c’est un pan de l’histoire que vous ne connaissez pas encore (sujet également connu sous le terme de “femmes de réconfort”, expression que nous n’utilisons pas volontairement car elle masque la vérité : l’esclavage sexuel de dizaines de milliers de femmes, notamment coréennes mais pas seulement, par l’armée japonaise au milieu du XXème siècle), cette fiction est une bonne entrée. A lire en ayant le cœur bien accroché.

Tous tes enfants dispersés

Roman écrit par Beata Umubyeyi Mairesse, 2019, France, Rwanda

Blanche, rwandaise métisse, vit en France avec son mari et son fils Stokely depuis sa fuite du Rwanda pendant le génocide des Tutsis en 1994. Sa mère Immaculata est restée au Rwanda. Leurs récits croisés parlent de mémoire, de transmission, de traumatismes, d’exil, de reconstruction, de pardon.

Un très beau et émouvant premier roman, par l’autrice franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse. Chaque chapitre est rédigé du point de vue du ressenti d’un.e personnage : la mère, la fille, puis le petit-fils. Comment renouer les liens malgré la distance et les secrets ? Comment trouver sa place quand on a été exilée, quand on vit entre deux pays, quand on a vécu un traumatisme ?

Le pouvoir

Roman écrit par Naomi Alderman, 2016, Royaume-Uni 

Un jour, des adolescentes découvrent qu’elles possèdent “le pouvoir”. Du bout des doigts, elles peuvent créer des arcs électriques, détruire des objets, infliger de fortes douleurs, voire tuer. Progressivement, toutes les femmes découvrent qu’elles le possèdent également. Elles apprennent à le maîtriser. Une nouvelle religion se crée, des écoles non mixtes ouvrent pour protéger les garçons, des armés de femmes se mettent en marche. Car certaines femmes sont bien décidées à se venger du pouvoir masculin auparavant en place…

Le récit s’articule autour de 4 personnages : 2 adolescentes, une mairesse américaine et un journaliste nigérian. Dans la lignée des dystopies féministes comme La servante écarlate, Le pouvoir se lit vite, se dévore. Toutefois, on s’interroge : dans le livre, les femmes au pouvoir reproduisent très exactement les violences commises par les hommes (manipulation, violences physiques et sexuelles, dictature politique, doctrine religieuse violente…). On préfèrerait largement imaginer un monde féministe utopique, qui ne reproduirait pas à l’identique le pouvoir patriarcal en place. Par la même autrice, découvrez aussi La désobéissance !

La fille aux sept noms

Roman écrit par Lee Hyeon-seo, 2015, Corée du Nord

Sept noms différents. C’est le nombre d’identités qu’il aura fallu à Hyeon-seo pour fuir la Corée du nord, traversant villes et frontières.

Connue pour avoir racontée son histoire dans une conférence TEDx en 2013, Lee Hyeon-seo met des mots sur le récit de sa vie. Sa vie en Corée du nord, l’épopée de sa fuite vers la Chine, les violences subies et évitées, ses espoirs et son parcours pour retrouver son chemin et sa famille entre tous les pays et identités empruntées au fil des mois. Un témoignage passionnant et haletant sur une réalité encore d’actualité.

Les pointes noires

Roman écrit par Sophie Noël, 2018, France

Ève est née au Mali et a grandi dans un orphelinat, où elle a découvert la danse classique qui devient sa passion. Un jour, un homme et une femme blanc.he.s arrivent de France pour l’adopter. Ève doit quitter sa meilleure amie et son pays d’origine… À son arrivée, elle commence les cours de danse, sa passion grandit, elle rêve de rentrer à l’École de danse de l’Opéra de Paris ! Oui, mais une remarque raciste la fait douter : y a-t-il des danseuses étoiles noires ?

Alors qu’il existe de nombreux romans pour ados sur la danse, celui-ci met en scène une héroïne noire, ce qui est bien trop rare. Il parle de passion, d’ambition et d’exigence, en montrant aussi les différentes formes de racisme dont Ève est victime : invisibilisation, insultes, discriminations, de la part de jeunes comme d’adultes. Il fait aussi réfléchir sur le conformisme de la danse classique (il y a aussi une évocation de la grossophobie). On pense aux collants « couleur chair »… mais chair de qui ? À mettre en regard avec Billy Elliott, évoqué dans le livre… qui cite également deux magnifiques danseuses noires, pionnières de la danse classique parfois si rigide : Misty Copeland et Michela DePrince.

Pas pour les filles

Autobiographie écrite par Mélissa Plaza, 2019, France

Enfant, Mélissa Plaza est déjà passionnée de football ! Mais pour devenir une internationale renommée, les obstacles sont nombreux… à la fois dans sa vie personnelle et dans sa vie académique puis professionnelle. Elle mène en parallèle une thèse sur les stéréotypes de genre dans le sport.

Mélissa Plaza met en lumière le sexisme, les violences et les discriminations qui pèsent sur elle parce qu’elle est femme et sportive de haut niveau. Mais aussi l’immense écart de traitement entre les équipes masculines et féminines, notamment en termes de budget et d’équipements.  Elle transmet sa passion avec ferveur ! Et le tout est rédigé en écriture inclusive, un vrai plaisir à lire !

Celles qui attendent 

Roman écrit par Fatou Diome, 2010, France, Sénégal

Arame et Bougna vivent sur une île au Sénégal, où leurs vies quotidiennes sont rythmées par les tâches domestiques : s’occuper des enfants, faire les courses avec le peu d’argent à disposition, cuisiner… Elles sont chacune mères de 2 jeunes hommes qui, un jour, partent en pirogue vers l’Europe. Pour Arame et Bougna, mais aussi pour les épouses de leurs fils, commence alors la longue attente : quand vont-ils téléphoner ? Les nouvelles seront-elles régulières ? Reviendront-ils un jour ? Seront-ils devenus riches ?

Un très beau roman de l’autrice franco-sénégalaise Fatou Diome, très ancré dans l’actualité. Il parle du poids des migrations pour les familles restées au pays, de l’espoir que ces migrations suscitent. Le point de vue adopté est celui des femmes, mères ou épouses, condamnées à cette attente pesante, qu’on partage au fil des pages.