Les incroyables aventures des soeurs Shergill

Les incroyables aventures soeurs shergill

Roman écrit par Balli Kaur Jaswal, 2020, Royaume-Uni, Inde

Sur son lit d’hôpital, avant de mourir, Sita écrit une lettre pour ses filles : elle souhaite qu’elles effectuent un pèlerinage en Inde après sa mort. Quelques mois plus tard, Rajni, Jezmeen et Shirina se retrouvent effectivement en Inde… et tout ne se passe pas comme prévu.

Voilà un roman qui mêle habilement le voyage, la sororité et le deuil. Dans ce voyage qu’elles sont obligées de faire ensemble, ces trois sœurs, très différentes par leur personnalité et leur style de vie, vont devoir réapprendre à vivre ensemble et à échanger leurs secrets depuis trop longtemps dissimulés. Les trois héroïnes sont attachantes et on tourne facilement les pages les unes après les autres pour enfin découvrir quels sont tous leurs secrets et savoir quand et comment ces trois sœurs vont enfin se rabibocher. En plus, sans en avoir l’air, le récit aborde des sujets résolument féministes. Un coup de cœur !

Une farouche liberté

Essai autobiographique, Gisèle Halimi avec Annick Cojean, France, 2020

Gisèle Halimi raconte ses combats, depuis son enfance où elle mesurait déjà l’injustice d’être née fille. Elle revient sur les procès emblématiques de sa vie d’avocate : celui de Djamila Boupacha, les procès de Bobigny et d’Aix-en-Provence. Elle évoque sa vie politique et les frustrations qui sont allées avec. Elle aussi parle de ses proches militant.e.s ou artistes engagé.e.s. 

Quelques mois seulement avant son décès, la formidable Gisèle Halimi a répondu aux questions de la journaliste Annick Cojean. On la sent toujours aussi engagée, elle transmet dans l’écriture une force incroyable et on a envie de lancer la révolution qu’elle appelle de ses voeux ! Dans les dernières pages, elle donne des conseils aux prochaines générations de femmes : être indépendantes économiquement, refuser les injonctions à la maternité… et puis surtout : se dire féministe ! 

Gisèle Halimi a aussi écrit (entre autres !) Ne vous résignez jamais.

Le regard féminin – Une révolution à l’écran

Essai écrit par Iris Brey, France, 2020

Après Sex and the series, Iris Brey propose un nouvel essai très documenté, accessible, bien qu’émaillé de termes techniques liés au monde du cinéma et de la psychanalyse. Elle y théorise le “female gaze”, ou regard féminin, cette manière révolutionnaire de filmer les femmes sans en faire des objets, en permettant aux spectateurs et spectatrices de partager leurs expériences féminines. Loin d’être un simple miroir du “male gaze”, elle explique en quoi le “female gaze” introduit une révolution dans le cinéma, renversant l’ordre patriarcal. Elle cite Portrait de la jeune fille en feu, Cléo de 5 à 7, The L Word, Unbelievable… Certains autres exemples de regard féminin sont particulièrement déstabilisants, notamment quand elle analyse l’entrée en scène de Wonder Woman dans le film du même nom (alors que son justaucorps et ses talons nous ont amenées à le définir comme un film “male gaze”), ou plus encore le film Elle de Paul Verhoeven, à l’intrigue très dérangeante (pour faire court, une femme qui tombe amoureuse de son violeur). On adhère ou on n’adhère pas à tous ses exemples : en tous cas, Iris Brey propose un changement de regard qui marque et impacte durablement la manière de voir les productions cinématographiques !

Chavirer

Roman écrit par Lola Lafon, France, 2020

En 1984, Cléo a 13 ans et aspire à devenir danseuse. Alors, quand elle rencontre une mystérieuse femme qui lui promet une bourse et la notoriété, elle saute à pieds joints dans le piège. Un piège, car Cléo est embarquée dans un réseau de proxénétisme infantile, qui la brise. 

Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lola Lafon aborde frontalement les violences sexuelles dans un roman qui parle d’emprise, de viols d’enfants, de traumatisme, de culpabilité. Par son récit et son écriture si prenants, elle déclenche des émotions intenses. Chaque chapitre permet de découvrir un morceau de l’histoire de Cléo (et de Betty, une autre très jeune fille piégée de la même manière), depuis les yeux d’une personne qui les a connues : la colocataire-amante, l’habilleuse attentionnée… L’autrice rend aussi un bel hommage au monde de la danse. 

Un roman qui fait écho au Consentement de Vanessa Springora et à La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon.

Térébenthine

Roman écrit par Carole Fives, France, 2020

Dans les années 2000, la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts de Lille. Elle rêve de devenir artiste peintre. Elle rencontre Luc et Lucie, qui rêvent également de peinture alors que leurs professeurs passent leur temps à les décourager de peindre, à encourager “la performance”. 

Carole Fives nous embarque dans les sous-sols des Beaux-Arts, dans l’intimité créatrice de ses trois personnages méprisés par leurs camarades et professeurs, unis dans une passion commune parfois destructrice. Dans ce roman inspiré de sa vie, écrit à la deuxième personne du singulier (ce qui peut dérouter), elle évoque aussi avec force l’invisibilisation des femmes artistes, et invoque leurs noms pour inverser le machisme ambiant. 

Le cercle du dragon-thé

Bande dessinée écrite et illustrée par Katie O’Neill, Nouvelle-Zélande, 2020

Greta est apprentie forgeronne auprès de sa maman. Un jour, elle découvre un petit dragon perdu, et décide de le ramener chez lui. Elle rencontre alors Hesekiel, qui lui propose de l’initier au soin des “dragons-thé”…

Cette BD coup de coeur est un conte peuplé de personnages attachant.e.s. Saison après saison, on suit les aventures de Greta qui apprend à fabriquer le thé grâce à Hesekiel et Erik. Elle rencontre aussi Minette, avec qui elle se lie d’amitié… En toile de fond, il y a une histoire d’amour entre deux hommes, dont l’un des deux est en situation de handicap… et peut-être même les prémices d’une histoire lesbienne ! Bref, une BD fantasy aux couleurs toutes douces, inclusive, bienveillante et super adorable !

La république du bonheur

Roman écrit par Ito Igawa, Japon, 2020

Hatoko vient d’épouser Mitsurô et découvre progressivement la vie de famille, avec son mari et sa petite fille surnommée QP. Elle tient une papeterie et occupe aussi la position d’écrivaine publique, qui lui permet de belles rencontres avec des client.e.s venu.e.s lui demander de rédiger des courriers. 

L’autrice du Jardin arc-en-ciel raconte de nouveau une histoire de vie joyeuse, sur un temps plus court cette fois-ci. Il s’agit de la suite de La papeterie Tsubaki (mais il peut se lire seul aussi !). Comme dans d’autres romans japonais, le temps est comme suspendu dans ce récit où il ne se passe finalement pas grand chose ! Mais c’est aussi ce qu’on aime, cette quiétude, cette succession de petits événements du quotidien qui nous rappellent qu’une vie simple est aussi une vie heureuse. Un roman tout doux, ponctué des illustrations des lettres calligraphiées par Hatoko. 

Pour une autre histoire mettant en scène une écrivaine publique, on vous conseille Les Victorieuses.

Maïana

Maiana

Bande dessinée écrite par Carbone et dessinée par Pauline Berdal, 2019, France

Maïana est une jeune fille métisse. Peu de temps avant Noël, elle trouve chez elle un curieux calendrier de l’Avent à son nom. Qui a pu lui offrir ce cadeau ?

Maïana est une bande dessinée très belle, avec des couleurs chaleureuses et des personnages intéressants. Des thèmes classiques sont abordés (amitié, première histoire d’amour, vie en famille) et d’autres moins classiques (être une petite fille métisse élevée par sa mère blanche et son beau père). Certes, c’est un peu mielleux, mais nous sommes tout de même curieuses de savoir la suite.

Carbone, la scénariste, est également autrice de la bande dessinée Dans les yeux de Lya.

Pucelle

Pucelle BD

Bande dessinée écrite et dessinée par Florence Dupré la Tour, 2020, France

Depuis toute petite, Florence se pose des questions sur ce qu’il y a « en bas », sous la ceinture… selon les interlocuteurs et les situations, les réponses qu’elle trouve sont évasives ou effrayantes.

Pucelle est une bande dessinée très émouvante qui raconte tout le tabou autour de la sexualité et du sexe des femmes. Le point de vue est celui de Florence, alors petite fille, mais les attitudes des différentes personnes (adultes) de la famille sont aussi saisissantes. Il faut noter que la petite fille évolue dans une micro-société très restreinte, marqué par la foi, composante très prenante dans la BD. On a hâte de découvrir le deuxième tome !

La petite dernière

Roman écrit par Fatima Daas, France, 2020

« Je m’appelle Fatima », c’est ainsi que commence chaque chapitre de ce premier roman-monologue, partiellement autobiographique. Fatima Daas égrène toutes ses identités, de femme, de Française d’origine algérienne, de Clichoise, etc. Un roman au rythme particulier, assez envoûtant, d’une femme qui assume aussi ses contradictions et son inadaptation au monde. Musulmane, sa foi est un fil rouge du roman, et elle nous invite à partager ses prières avec elle. Lesbienne, aussi, elle le dit entre les lignes… tout en ne trouvant pas vraiment ça bien, tout en assumant une certaine homophobie intériorisée, une identité « pêcheresse ». Bref, un roman pas banal, qui percute, et qu’on conseille !