La Papeterie Tsubaki

La Papeterie Tsubaki

Roman écrit par Ito Ogawa, 2018, Japon

Hatoko, dite Poppo, est de retour à Kamakura, la ville où elle a grandi, pour reprendre la papeterie de sa grand-mère, « l’Aînée », qui vient de décéder. En plus de la papeterie, Poppo, reprend le rôle d’écrivaine publique. Entre redécouverte de la ville, souvenirs de sa grand-mère et commandes d’écriture, la vie de Poppo est calme mais bien remplie.

La Papeterie Tsubaki est le roman idéal pour prendre une pause hors du temps et se laisser porter par le récit, poétique et envoûtant, de Ito Ogawa (qui a aussi écrit Le Jardin arc-en-ciel). On a beaucoup aimé connaître le détail de chaque commande d’écriture, des plus classiques aux plus insolites, et de voir graviter une foule de personnages attachants autour de l’héroïne (y compris le fantôme de sa grand-mère qu’elle apprendra à connaître après sa mort en habitant sa maison et en occupant les mêmes activités). Pour prolonger le plaisir, une suite est disponible sous le titre de La République du bonheur.

L’amour sous algorithme

Amour sous algorithme

Essai autobiographique écrit par Judith Duportail, 2019, France

Complètement accro à l’application Tinder, Judith Duportail apprend que ladite application note ses utilisateurs et utilisatrices en fonction de leur « désirabilité ». Judith, journaliste de métier, décide de mener l’enquête.

Que vient faire cet essai à propos d’un service de rencontres en ligne sur 1001 héroïnes, pourrez-vous peut-être vous demander ? Ici, l’air de rien, Judith Duportail soulève plein de maux issus du patriarcat qui pèsent sur les femmes trentenaires, CSP+, vivant en milieu urbain, notamment l’injonction au couple (pour les femmes donc) et la mise en concurrence des femmes entre elles sur le « grand marché de la bonne meuf » (comme dirait Virginie Despentes dans King Kong Théorie). L’essai se dévore grâce à une écriture fluide et surtout un suspens qui nous donne envie d’aller jusqu’au résultat de l’enquête. Une belle illustration (et introduction !) aux liens entre capitalisme et patriarcat.

C’est mon corps

Essai écrit par Martin Winckler, 2020, France

C’est mon corps est un essai de 400 pages dédié à la santé des femmes, sous forme de questions-réponses. Martin Winckler, médecin militant, reprend de nombreuses questions qui lui ont été posées via son site internet, sur de nombreux sujets : règles, contraception, endométriose, sexualité, grossesse, violences obstétricales, ménopause… L’auteur rappelle que chacune de ces questions est légitime, et que nos médecins sont censés nous écouter et y répondre avec bienveillance. Les chapitres se clôturent par des recommandations de livres, séries, sites internet à consulter pour approfondir les sujets, notamment écrits par des femmes.

Martin Winckler a aussi écrit plusieurs romans qu’on vous conseille : Le chœur des femmes et L’école des soignantes. Il a également contribué à la bande dessinée d’Aude Mermillod, Il fallait que je vous le dise.

L’école des soignantes

Roman écrit par Martin Winckler, 2019, France

En 2039, Hannah abandonne le code informatique et intègre une école de soins expérimentale, qui se concentre sur la bienveillance et la formation empathique des soignantes. Quelques mois après son arrivée, il entre en résidence au Pôle Psycho où exerce Djinn Atwood…

L’auteur du Chœur des femmes revient avec ce roman utopique, plaidoyer pour une révolution de la médecine. On a d’ailleurs plaisir à retrouver dans L’école des soignantes l’héroïne du Chœur des femmes. Plaisir également, la rédaction en écriture inclusive, et même au-delà : c’est le féminin qui l’emporte dans le livre ! Certes, le personnage principal est ici un homme, mais presque 100% des autres personnages sont des femmes. Bref, un chouette roman qui se dévore.

Les cousines vampires

Les cousines vampires

Bande dessinée écrite par Alexandre Fontaine Rousseau et dessinée par Cathon, 2014, Canada

Camille se rend chez sa cousine Frédérique, dans le manoir où elle a passé de belles vacances dans son enfance. Mais Frédérique a peut-être légèrement changé…

Les cousines vampires est une bande dessinée chouette avec deux personnages principales très différentes, l’une mystérieuse, l’autre très pragmatique. C’est d’ailleurs le contraste entre les deux qui est très drôle et amène plusieurs scènes de quiproquo qui rythment le récit. Le style de dessins, effet crayonné, est assez beau. On regrette juste un peu (sans spoiler) que l’une des deux femmes ait le mot final sur l’autre.

Hana no breath

Hana no Breath

Manga écrit et dessiné par Cali, 2017, France

Azami, lycéenne, est folle amoureuse de Gwen, avec qui elle rêve de sortir. Quand elle s’en rapproche et découvre que Gwen est en réalité une fille… passée la surprise, ses sentiments ne changent pas !

Hana no breath, série en 2 tomes (la première de l’autrice), est une histoire toute douce. Les thèmes de la découverte des premiers sentiments amoureux et du lesbianisme (qui n’est pas vraiment formulé tel quel) sont évoqués, ainsi que la difficulté d’être une jeune femme et de se rendre compte en grandissant que certaines possibilités se réduisent. On regrette un peu que beaucoup de rebondissements soient issus de rivalités entre jeunes filles. A part ça, ça reste un manga mignon et assez chouette !

Nous sommes l’eau

Nous sommes l'eau

Roman écrit par Wally Lamb, 2014, Etats-Unis

Annie, la cinquantaine, est sur le point de se marier avec Viveca. Alors que les préparatifs du mariage s’accélèrent, son ex-mari Orion et leurs trois enfants Ariane, Andrew et Marissa, ruminent et s’interrogent sur ce qui a été leur famille. De son côté, Annie est pleine de doutes et lourde de secrets qu’elle n’a jamais révélé.

Nous sommes l’eau a pour personnage centrale une cinquantenaire, devenue artiste et lesbienne sur le tard, et dont la colère et la douleur intérieures se ressentent à chaque page. Deuil, enfance maltraitée, inceste, pauvreté et différences de classe sociale, reconnaissance du lesbianisme et religion, tant de sujets contemporains sont évoqués. Le roman est découpé en chapitres qui donnent la narration à chacun des personnages à tour de rôle. Ces points de vue multiples sont assez intéressants pour voir l’impact qu’ont les secrets de famille et les violences sur ses différents membres. Cependant, l’auteur reste un homme et les chapitres racontés par des personnages masculins sont assez particuliers : l’auteur veut-il nous rendre les personnages masculins sympathiques malgré leurs faits de violence ou est-ce que justement, l’écriture est suffisamment subtile pour que les lectrices et lecteurs n’entrent jamais complètement en empathie avec eux ? Dommage également que le mot de la fin de soit pas donné à Annie mais à son ex-mari. On vous laisse lire et vous faire votre propre avis.

Quatre soeurs

Quatre soeurs BD

Série de bandes dessinées écrite et dessinée par Cati Baur, 2011-2018, France, adaptés des romans de Malika Ferdoujkh

Les soeurs Verdelaine sont orphelines depuis peu et habitent la grande et vieille maison Vill’Hervé que Charlie, l’aînée, retape jour après jour. Geneviève, elle, se défoule en secret au cours de boxe. Bettina traine avec sa bande de copines. Hortense a toujours le nez plongé dans ses livres et Enid, la dernière, vit d’incroyables aventures avec ses amies, la chauve souris et l’écureuil.

Après la série de romans jeunesse à succès, voilà les bandes dessinées ! Celles-ci sont très fidèles au texte et à l’univers d’origine (ce qui peut être presque décevant). Le parti-pris graphique est assez chouette et s’accorde bien avec le ton de l’histoire. Une BD sympathique à lire que vous soyez ado ou pas.

Petite terrienne

Petite terrienne

Bande dessinée écrite et dessinée par Aisha Franz, 2012, Allemagne

Dans une petite ville allemande, une adolescente fait la découverte de sa sexualité. Sa soeur plus jeune s’interroge naïvement sur le même sujet avec une étrange créature, tandis que leur mère sombre dans les souvenirs et la dépression.

Attention ovni ! Petite terrienne est une bande dessinée très (très !) étrange, avec un style plutôt original (tout est dessiné au crayon à papier). On suit ici le quotidien sur quelques jours de trois femmes de la même famille, une mère et ses deux filles. Toutes les trois isolées les unes des autres, elles semblent vivre sous le même toit sans le savoir et c’est très déroutant. Certaines scènes sont très dérangeantes et la « créature » (extra-terrestre ? Comme pourrait le faire penser le titre original « Alien ») est assez effrayante. Une BD à ne pas mettre entre toutes les mains et qui vous saura vous plaire… ou pas.

Moi aussi

Moi aussi manga

Manga écrit et dessiné par Momochi Reiko, 2018, Japon

Satsuki Yamaguchi est une jeune femme qui travaille en intérim dans une entreprise de taille moyenne. Bien intégrée et investie dans son travail, elle est prise pour cible par un de ses supérieurs qui commence à la harceler sexuellement.

Après les essais et les romans, voilà un manga qui s’inscrit dans l’ère #MeToo ! Moi aussi décrit de façon très claire l’emprise de l’agresseur et le piège qui se referme sur l’héroïne, isolée. Au fil des pages, l’autrice montre également de manière très réaliste la peur de l’héroïne, ses doutes, ses inquiétudes et le traumatisme qu’a créé ce harcèlement. On aime qu’elle se tourne vers une association de femmes, preuve qu’un soutien et que des solutions existent. Moi aussi est basé sur l’histoire vraie de Kaori Sato, la première femme a avoir élevé la voix contre le harcèlement sexuel en entreprise au Japon.

A noter : jusqu’au 30 avril 2021, les éditions Akata reversent 5 % des recettes des ventes du tome 2 à Solidarité Femmes, qui gère le numéro national d’appel pour les femmes victimes de violences, le 3919.

Pour un autre récit de femme japonaise qui lutte contre la société patriarcale, on vous conseille le texte de Shiori Ito, La Boîte noire.