Ana Ana

Ana Ana tome 1

Série de bande dessinée jeunesse écrite par Dominique Roques et Alexis Dormal et illustrée par Alexis Dormal, depuis 2012, Belgique

Ana Ana est une petite fille espiègle et pleine d’idées, à qui il arrive diverses aventures du quotidien.

Peut-être connaissez-vous Pico Bogue, son grand frère philosophe hilarant, héros de bande-dessinée : les deux auteurs ont eu la bonne idée de faire vivre à sa petite sœur Ana Ana ses propres aventures. Et c’est une réussite ! Le format est entre l’album jeunesse et la bande dessinée (une introduction à la BD pour les plus jeunes). Ana Ana est adorable, toujours drôle et ravira les plus jeunes (et les plus agé.e.s) d’entre nous !

[Spécial confinement] Le premier album « Ana Ana Bonne nuit » est en ce moment disponible gratuitement en ligne sur le site de Dargaud. (Cliquez sur « Feuilleter cet album ».)

Maine

Maine de Courtney Sullivan

Roman écrit par J. Courtney Sullivan, Etats-Unis, 2013

Alice, 80 ans, s’apprête à vivre sa dernière saison dans sa maison qu’elle est sur le point de vendre. Presque par hasard et pour des raisons différentes, Katleen sa fille, Ann-Marie sa belle-fille et Maggie sa petite-fille, la rejoignent le temps d’une saison.

4 femmes, 3 générations. Pages après pages, l’une ou l’autre prend la parole avec sa vision de la vie et de leur histoire familiale. Les liens entre toutes ces femmes sont intéressants à observer, se nouent et se dénouent, selon là où elles en sont dans leur vie. Un joli roman, par l’autrice Des Débutantes.

La dernière réunion des filles de la station-service

Roman écrit par Fannie Flagg, 2015, Etats-Unis

Sookie vient de marier sa dernière fille. Enfin, elle va pouvoir se reposer et profiter de sa retraite ! Mais c’est sans compter sur sa mère Lenore, excentrique et épuisante. Et surtout, c’est sans compter sur cette lettre mystérieuse qu’elle reçoit un jour, qui pourrait bien remettre en cause toute son histoire familiale…

L’autrice de Beignets de tomates vertes revient avec un roman feel good, drôle et touchant, dans lequel on suit 2 femmes à 2 générations d’intervalle. Le récit nous fait aussi découvrir les WASP (Women Airforce Service Pilots), ces femmes pilotes pendant la Seconde Guerre mondiale, longtemps oubliées de l’Histoire…

1492, Anacaona l’insurgée des Caraibes

Roman graphique écrit par Paula Anacaona et illustré par Claudia Amaral, 2019, France

En 1492, Cristóbal Colón « découvre » les Antilles. Anacaona règne sur un des royaumes d’Ayiti. Elle et le peuple taïno accueillent les Espagnols avec respect. Mais le respect n’est pas réciproque. Rapidement, les Espagnols mettent en place le projet colonisateur : destruction des lieux et objets de culte, mise en esclavage, viols, meurtres… Anacaona et les Taïnos résistent, mais ce sera tout un peuple et sa culture qui seront progressivement détruits.

Ce beau roman graphique nous offre un récit différent. Nous avons l’habitude d’entendre, de raconter, de diffuser l’Histoire du point de vue des colonisateurs, présentés comme des conquérants, des découvreurs, des civilisateurs. Mais, ici, on suit l’Histoire du point de vue des colonisé.e.s et de la reine Anacaona. On découvre ainsi la culture taïno, rayée de la carte par nos ancêtres génocidaires/ethnocidaires, et l’immense courage de ce peuple qui a tenté par tous les moyens de résister.

Homo sapienne

Roman écrit par Niviak Korneliussen, 2014, Groenland

Fia, Ivik, Arnak, Inuk et Sara sont de jeunes adultes qui vivent au Groenland. Cinq jeunes qui se questionnent, se cherchent, se découvrent.

Il est rare de découvrir des romans groenlandais ! Ils sont peu traduits, peu connus… Jusqu’à la parution d’Homo sapienne, qui a eu un véritable succès et a traversé les frontières ! Et on le comprend. C’est un roman moderne, résolument inscrit dans le XXIème siècle. Un roman féministe, qui parle de genre, d’orientation sexuelle, de la galère à se définir dans le monde actuel.

La Boîte noire

Roman écrit par Shiori Ito, 2019, Japon

En 2015, la journaliste Shiori Ito est droguée et violée par N. Yamaguchi, un célèbre homme des médias au Japon. Quelques jours plus tard, elle décide de porter plainte. Ainsi s’ouvre une longue période de combat judiciaire face au système légal japonais et à l’impunité des hommes les plus puissants du Japon.

La Boîte noire est un récit saisissant. Shiori Ito raconte son histoire, de son adolescence à son début de vie professionelle, jusqu’à sa rencontre avec son agresseur. Puis, comme dans une enquête journalistique, elle nous raconte toutes les étapes qui ont suivi son réveil dans une chambre d’hôtel inconnue, jusqu’à l’écriture de ce livre (si vous aimez les enquêtes de Médiapart, vous allez être ravi.e.s). Pourquoi la police et le corps médical sont si peu informés des procédures à tenir en cas de viol ? Pourquoi a-t-elle été si mal reçue partout ? Pourquoi, alors que son agresseur allait être arrêté, le mandat a été suspendu brusquement sans raison apparante ? Pourquoi les médias ont été si rares à accepter de relayer son témoignages ? Que de questions qui mettent parfaitement à jour les liens patriarcaux entre les milieux policiers, judiciaires, médicaux et médiatiques. Ce récit est extraordinaire, plein de force et de détermination. Un incontournable pour votre bibliothèque.

La condition pavillonnaire

Roman écrit par Sophie Divry, 2014, France 

M. A., née dans les années 50 en Isère, issue d’un milieu plutôt modeste, passe une enfance ordinaire, obtient son bac, commence des études d’économie à Lyon et y rencontre celui qui va devenir son mari. Ils emménagent à Chambéry, un enfant, deux enfants. Travail, lessives, courses, cuisine, quelques dîners entre ami.e.s, les vacances d’été comme seul exutoire. Piégée par ce quotidien, M. A. s’ennuie. Elle cherche alors à rendre sa vie moins insatisfaisante : adultère, humanitaire, yoga… elle essaie tout, mais pour quel résultat ?

M. A., c’est l’Emma Bovary des temps actuels. Sophie Divry nous offre un roman captivant bien qu’assez désespérant, dans un ton sobre, discrètement grinçant. On l’a lu juste après La femme gelée d’Annie Ernaux, et on vous conseille cet enchaînement !

Libération des femmes : 40 ans de mouvement 

Essai historique écrit par Françoise Picq, France, 2011

Le 26 août 1970, 9 femmes déposaient une gerbe à l’Arc de Triomphe : “il y a plus inconnu encore que le soldat inconnu : sa femme”. Elles donnaient alors le coup d’envoi d’actions militantes revendiquées par le MLF, le mouvement de libération des femmes.

Dans cet ouvrage de plus de 500 pages, la militante et historienne Françoise Picq décortique les “années mouvement” qui ont suivi. Elle détaille avec une grande précision les années 1970, évoque les nombreuses actions militantes, publications, débats… des féministes d’alors. Elle évoque aussi les conflits qui ont secoué le mouvement, particulièrement entre féministes dites “universalistes” et féministes “différentialistes” (jusqu’au dépôt du nom “MLF” par une fraction de militantes différentialistes, actant la rupture). Elle décrit ensuite le déclin du militantisme avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, puis les débats plus récents (voile, prostitution, parité) et l’arrivée de nouvelles structures militantes dans les années 1990 et 2000 (Mix-Cité, Ni putes ni soumises, Les chiennes de garde…). Elle-même militante, Françoise Picq a vécu de l’intérieur ces “années mouvement”, ce qui fait la force du livre… mais crée aussi une histoire très partisane. On le voit en particulier avec l’évocation des conflits entre féministes hétérosexuelles et lesbiennes radicales : certes évoqués, ces conflits le sont clairement du point de vue d’une militante hétéro, les lesbiennes ont souvent tous les torts… Pour d’autres points de vue, on vous conseille la lecture de Mouvement des lesbiennes, lesbiennes dans le mouvement.

Le consentement

Livre de Vanessa Springora, France, 2020

En 1986, Vanessa a 13 ans quand elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain de 50 ans. La jeune fille a vécu une enfance chaotique, son désir de plaire et d’être aimée sont forts. L’écrivain prédateur, habitué à la mise sous emprise d’adolescentes, le sait très bien. La suite est donc inévitable : une “relation” de près d’un an commence, en parallèle de son acceptation terrifiante par les proches de Vanessa et par la société toute entière (des intellectuel.le.s reconnu.e.s ont à l’époque signé des tribunes réclamant la décriminalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de 15 ans).

Le consentement, c’est le roman témoignage édifiant d’une femme extrêmement courageuse. Plus de 20 ans après les faits, Vanessa Springora raconte son enfance, la mise sous emprise par cet homme puissant, sa “déprise” progressive (quelle force !!) et enfin “l’empreinte” violente et douloureuse que laissera cette “relation” avec un pédocriminel, qui nécessitera un très long processus de reconstruction. L’autrice dénonce la complaisance des milieux littéraires et artistiques français ainsi que de certains médias. Surtout, elle interroge la notion de “consentement” : peut-on vraiment être consentante quand on a seulement 13 ans ? Pour rappel, la loi française n’a elle-même pas tranché cette question, puisque la dernière tentative d’instaurer un seuil d’âge en-dessous duquel les mineur.e.s seraient présumé.e.s ne jamais consentir à un rapport sexuel avec un.e majeur.e a échoué.

Le chemin de Jada

Album jeunesse écrit par Laura Nsafou et illustré par Barbara Brun, France, 2020

Iris et Jada sont soeurs jumelles. Elles se ressemblent en tous points… sauf concernant leur couleur de peau : Iris est “claire comme l’acacia”, Jada est “foncée comme le cacao”. Au village, tout le monde complimente Iris. Moquée, Jada décide alors de partir à la recherche des “Enfants de la nuit” auxquels elle est sans cesse comparée.

Après Comme un million de papillons noirs, l’autrice afroféministe Laura Nsafou (Mrs Roots) et l’illustratrice Barbara Brun publient un second album jeunesse important pour la représentation de toutes et tous. Le chemin de Jada aborde en particulier le colorisme, cette discrimination issue du racisme qui consiste à privilégier les personnes à la peau claire. Pourtant, Jada est belle, comme le confirment les étoiles ! Une tendre et poétique histoire d’estime de soi et de sororité, à lire et offrir aux enfants de votre entourage !