Le grand marin

Le grand marin

Roman en partie autobiographique écrit par Catherine Poulain, 2016, France

En arrivant en Alaska, Lili n’a qu’un rêve en tête : s’embarquer sur un de ces navires qui pêche la morue et le flétan, au large, loin du monde des humains.

Le grand marin est un roman saisissant, qu’on a envie de lire d’une traite. L’autrice déroule le récit en nous embarquant complètement. Certes, le milieu qu’elle décrit est très masculin mais l’héroïne n’en est que plus éclatante. Le sel de la mer, le froid de la nuit, ses émotions, sa volonté pour se fondre dans le décor sont très bien racontés. Une déception cependant : on n’y croit pendant longtemps, mais non, le titre du roman ne fait pas référence à elle, cette héroïne, alors qu’elle l’aurait amplement mérité.

Petite forêt

Petite forêt manga

Manga écrit et dessiné par Igarashi Daisuke, 2004, Japon

Revenue de la ville, Ichiko vit dans le hameau de Komori (qui signifie « petite forêt »). Ici, seule dans sa maison et avec l’aide et la solidarité des autres habitant.e.s, elle apprend à passer les saisons avec cuisinant d’après des produits locaux cultivés par ses soins ou trouvés dans la campagne environnante

Petite forêt est un manga poétique et… très appétissant ! Chaque chapitre est associé à une recette que l’héroïne partage, d’après des souvenirs d’enfance, des conseils des autres villageoises et ses propres innovations culinaires. On la voit (ré)apprendre par elle-même ou avec le soutien de ses voisin.e.s (surtout les femmes) comment effectuer les travaux agricoles de toutes sortes, saisons après saisons. Un récit en deux tomes, serein, et qui vous donnera peut-être envie d’être autosuffisant.e vous aussi !

Le manga a fait l’objet d’une adaptation en film en Corée du sud.

Dans la forêt

Roman d’anticipation écrit par Jean Hegland, 1996, Etats-Unis

Nell, 17 ans, et Eva, 18 ans, rêvent : la première veut intégrer une université prestigieuse, la seconde souhaite devenir danseuse. Les deux sœurs vivent avec leurs parents dans une maison en pleine forêt californienne, loin de la ville la plus proche. Mais un jour, tout s’arrête : électricité, télécommunications… Puis, leurs parents meurent successivement. Les 2 sœurs sont alors contraintes de trouver des moyens de survivre, en gérant leurs ressources alimentaires et l’absence de nouvelles du monde extérieur.

Ce roman d’anticipation illustre la sororité. Ou comment deux jeunes femmes au sortir de l’adolescence, en perte de repères, vont s’entraider pour résister et survivre, ensemble. Un bel exemple d’écoféminisme aussi : comment, en tant que femmes, il est possible de reprendre attache avec la terre et ce qu’elle produit, pour se nourrir ou se soigner.

Une adaptation cinématographique (un peu plus effrayante que le livre !) a également été réalisé, avec Ellen Page et Evan Rachel Wood.

Ce qui se passe dans la forêt

Bande dessinée écrite et illustrée par Hilding Sandren, 2014, Suède

Aïda, Tess et Marlène ont 14 ans. Elles vivent en Suède, dans la région du Småland. Mais l’adolescence a des conséquences sur leur corps qui change et leurs relations avec leurs copains : les voici confrontées à de nouveaux comportements de la part des garçons, et même à des agressions…

Hilding Sandren dessine le passage de l’enfance à l’adulte, cette période délicate de l’adolescence, du point de vue de ces trois amies qui tentent de résister aux violences des garçons et de s’en sortir dans la sororité. Des dessins bruts au crayon illustrent cette histoire de temps qui passe, avec des paysages très beaux de la campagne suédoise. L’autrice a écrit une suite, dont les événements se déroulent deux ans plus tard : L’unE pour l’autrE.

L’unE pour l’autrE

Bande dessinée écrite et illustrée par Hilding Sandren, 2016, Suède

Aïda, Tess et Marlène ont désormais 16 ans. Adolescentes, elles se sentent chacune étouffées dans leur sphère familiale, entre violences conjugales, cocon trop étroit ou contrôle du grand frère. Elles rêvent d’indépendance. Une histoire d’amour nait entre deux d’entre elles. Et puis un jour, Marlène est violée par un jeune homme de leur entourage. Les amies vont devoir se serrer les coudes pour aider Marlène à survivre à cette agression.

Avant L’unE pour l’autrE, il y a eu Ce qui se passe dans la forêt. Les dessins ont évolué avec les personnages, même si on retrouve cette même patte brute, au crayon. Dans cette suite, qui se déroule deux ans après les faits du premier livre, on retrouve les trois héroïnes qui ont grandi. Elles sont révoltées par ce qu’elles vivent, leurs parents, l’isolement loin de la ville, les violences. Heureusement, leur amitié résiste et les aide à traverser les épreuves.

Flipette et Vénère

Bande dessinée écrite et illustrée par Lucrèce Andreae, 2020, France

Clara, jeune adulte un peu « bobo » et conformiste, peine à trouver du sens à ce qu’elle fait dans la vie : la photographie. Un jour, sa sœur, qu’elle n’a plus vue depuis des années, se blesse. Voici venu le temps des retrouvailles… explosives : Axelle est énervée, en colère contre le système. Clara découvre l’environnement d’Axelle, un mouvement militant alternatif.

Flipette et Vénère, ce sont des 2 sœurs un peu paumées, symboles d’une génération qui hésite entre résignation et rage. Avant une possible réunion, il y a beaucoup d’éclats de voix, des maladresses, des engueulades, des dialogues de sourdes. On est déstabilisées par la violence du milieu militant, mais on comprend les colères d’Axelle, on a envie de secouer un peu Clara. Bref, l’autrice-illustratrice réussit à nous embarquer dans cette histoire, et nous pousse à poser un regard différent sur le monde qui nous entoure.

Dans un rayon de soleil

Bande dessinée écrite et illustrée par Tillie Walden, 2019, Etats-Unis

Mia s’engage sur un vaisseau qui parcourt l’univers pour réparer des bâtiments du passé, qui semblent flotter dans l’espace. Alors qu’elle trouve à bord celles qui deviendront sa nouvelle famille, des souvenirs d’internat lui reviennent. Cinq ans auparavant, elle avait fait la rencontre de Grace…

On aime beaucoup Tillie Walden, son talent, ses BD aux ambiances uniques et aux couleurs magnifiques, ses histoires prenantes… Dans un rayon de soleil, c’est même plus de 500 pages de Tillie Walden, dont des planches absolument époustouflantes ! Cette fois-ci, l’autrice-illustratrice nous plonge dans un univers de science-fiction assez mystérieux, qui ne semble habité… que par des femmes (et une personne non-binaire). On retrouve certains des thèmes récurrents des BD de Tillie Walden : l’adolescence, la quête de soi, l’amitié et la sororité, l’homosexualité.

Par la même autrice, (re)découvrez aussi Spinning, J’adore ce passage et Sur la route de West.

Saison des roses

Bande dessinée écrite et illustrée par Chloé Wary, 2019, France

Barbara habite dans une banlieue de Rosigny-sous-Bois. Sa vie, c’est surtout son club de foot ! Mais cette année, les dirigeants du club décident que seuls les garçons pourront participer au championnat… Avec leur coach, les filles vont alors se battre pour avoir le droit de jouer.

Une chouette histoire, qui met en lumière des filles qui font du foot, qui luttent pour la survie de leur équipe ! On sent que l’autrice-illustratrice vit son récit (et pour cause : elle a elle-même rejoint une équipe de foot avant d’écrire cette BD) et on le vit avec elle d’autant plus. On a aussi aimé le style particulier avec la mise en couleurs aux feutres, qui donne (entre autres) des ciels particulièrement magnifiques.

Pour d’autres histoires de filles qui se battent pour avoir le droit d’exercer leur sport préféré, on vous conseille les séries Betty et Les filles du rink.

On vous conseille aussi Pas pour les filles, le témoignage de Mélissa Plaza, ancienne internationale de football.

Une dame perdue

Roman écrit par Willa Cather, 1923, Etats-Unis

Marian Forrester forme avec son mari, de 25 ans son aîné, un couple parfait. Mr. Forrester est riche : il a investi dans le chemin de fer qui traverse les plaines de l’ouest. Mais un jour, tout s’arrête : Mr. Forrester se blesse, puis tombe malade, puis est ruiné. Pourtant, Marian est faite pour la ville, les grands dîners et les bals, et non pour passer l’hiver dans les plaines reculées et marécageuses de Sweet Water…

On connait bien peu Willa Cather, romancière américaine lesbienne, pourtant reconnue aux Etats-Unis. Ce roman est l’occasion de découvrir un thème qui lui est cher : la « conquête » de l’Ouest est ses suites. A travers les yeux d’un jeune homme d’abord admiratif, puis très critique, on découvre cette femme déchue qu’est Marian, ce déclin progressif où les « conquérants » sont remplacés par les banquiers. L’autrice dépeint ce portrait d’une manière un peu déroutante, nostalgique mais assez envoûtante.

Kim Jiyoung, née en 1982

Kim jiyoung née en 1982

Roman écrit par Cho Nam-joo, 2016, Corée du Sud

Kim Jiyoung, trentenaire et mère d’un enfant en bas-âge, se réveille un jour et parle comme si elle était une autre femme. Les jours suivant, elle empruntera d’autres comportements et d’autres voix de femmes d’elle a connues. Que s’est-il passé ? Pour comprendre, il faut remonter le temps.

A travers plusieurs chapitres découpés par périodes chronologiques, la vie de Kim Jiyoung est déroulée : son enfance au sein d’une famille peu favorisée coincée entre sa grande sœur et son petit frère, roi de la maison, son adolescence et les premiers questionnements sur le monde qui l’entoure, sa vie étudiante, ses galères de jeune femme diplômée arrivant sur le marché du travail encore largement dominé par les hommes, et puis sa vie d’épouse. Le fil rouge dans tout ça : sa réflexion et sa compréhension progressive de la société patriarcale dans laquelle elle se trouve coincée. Il y a parfois des choses qui clochent, qu’elle ne trouve pas normales, qu’elle accumule, jusqu’à craquer. Le court chapitre final, raconté cette fois-ci du point de vue d’un homme, est une illustration ironique et par-fai-te de l’incompréhension et de l’impossibilité des hommes d’imaginer ce que peuvent vivre les femmes. Pour un premier roman, c’est une vraie réussite !

Grand succès en Corée du Sud, le roman a déjà été adapté en film.