Une farouche liberté

Essai autobiographique, Gisèle Halimi avec Annick Cojean, France, 2020

Gisèle Halimi raconte ses combats, depuis son enfance où elle mesurait déjà l’injustice d’être née fille. Elle revient sur les procès emblématiques de sa vie d’avocate : celui de Djamila Boupacha, les procès de Bobigny et d’Aix-en-Provence. Elle évoque sa vie politique et les frustrations qui sont allées avec. Elle aussi parle de ses proches militant.e.s ou artistes engagé.e.s. 

Quelques mois seulement avant son décès, la formidable Gisèle Halimi a répondu aux questions de la journaliste Annick Cojean. On la sent toujours aussi engagée, elle transmet dans l’écriture une force incroyable et on a envie de lancer la révolution qu’elle appelle de ses voeux ! Dans les dernières pages, elle donne des conseils aux prochaines générations de femmes : être indépendantes économiquement, refuser les injonctions à la maternité… et puis surtout : se dire féministe ! 

Gisèle Halimi a aussi écrit (entre autres !) Ne vous résignez jamais.

Le regard féminin – Une révolution à l’écran

Essai écrit par Iris Brey, France, 2020

Après Sex and the series, Iris Brey propose un nouvel essai très documenté, accessible, bien qu’émaillé de termes techniques liés au monde du cinéma et de la psychanalyse. Elle y théorise le “female gaze”, ou regard féminin, cette manière révolutionnaire de filmer les femmes sans en faire des objets, en permettant aux spectateurs et spectatrices de partager leurs expériences féminines. Loin d’être un simple miroir du “male gaze”, elle explique en quoi le “female gaze” introduit une révolution dans le cinéma, renversant l’ordre patriarcal. Elle cite Portrait de la jeune fille en feu, Cléo de 5 à 7, The L Word, Unbelievable… Certains autres exemples de regard féminin sont particulièrement déstabilisants, notamment quand elle analyse l’entrée en scène de Wonder Woman dans le film du même nom (alors que son justaucorps et ses talons nous ont amenées à le définir comme un film “male gaze”), ou plus encore le film Elle de Paul Verhoeven, à l’intrigue très dérangeante (pour faire court, une femme qui tombe amoureuse de son violeur). On adhère ou on n’adhère pas à tous ses exemples : en tous cas, Iris Brey propose un changement de regard qui marque et impacte durablement la manière de voir les productions cinématographiques !

Mes ancêtres les Gauloises – Une autobiographie de la France

Essai écrit par Elise Thiébaut, France, 2019

A l’heure de certaines inepties prononcées par des intellectuels racistes et masculinistes (qui parlent de « grand remplacement », de « Français de souche » et de « menace féministe »), Elise Thiébaut propose une autobiographie unique en son genre, au prisme de ses ancêtres, notamment les femmes. Elle y interroge son identité et celle de la France, à travers tests ADN, recherches généalogiques et archivistiques. Un essai passionnant quand on s’intéresse de près ou de loin à l’histoire, au féminisme et au colonialisme, facile à lire, écrit avec un ton incisif et souvent plein d’ironie !

Affamée – Une histoire de mon corps

Essai écrit par Roxane Gay, Etats-Unis, 2019

A 12 ans, Roxane Gay est victime d’un viol collectif, organisé par celui qu’elle croit être son petit ami. Pour survivre, elle se met à manger, tout le temps, pour transformer son corps et l’ériger en forteresse inatteignable des hommes. Elle raconte comment elle a souhaité disparaitre, et en même temps comment ce corps transformé est devenu l’objet des critiques permanentes de son entourage, du monde médical et même de parfaits inconnus.

Après Bad Feminist, Roxane Gay revient cette fois sur son parcours personnel. Elle raconte l’histoire de son corps, à partir de laquelle elle analyse le rapport de notre société avec la grosseur : incompréhension, préjugés, dégoût, haine… Un livre important qui rappelle que le combat contre la grossophobie est plus que jamais d’actualité.

Sur ce sujet, on vous conseille aussi l’essai de l’autrice française Gabrielle Deydier : On ne naît pas grosse.

Les couilles sur la table

les couilles sur la table

Essai écrit par Victoire Tuaillon, France, 2019

Pourquoi, dans une écrasante majorité, les harceleurs, agresseurs et violeurs sont des hommes ? Pourquoi, après des décennies de féminisme, les femmes sont toujours soumises à la charge mentale, aux violences, à la domination masculine ?

Pour répondre à toutes ces questions, Victoire Tuaillon anime depuis 2017 un excellent podcast : « Les couilles sur la table ». En 2019, elle a synthétisé dans ce livre l’ensemble des sujets abordés dans le podcast, avec toujours cet angle particulier : la construction de la masculinité et ses conséquences. Un point de vue qui renouvelle la manière d’aborder les inégalités entre femmes et hommes : parce que s’il y a du sexisme, c’est bien qu’il vient de quelque part ! Les couilles sur la table est un livre très accessible et efficace, découpé en grands chapitres thématiques qui s’appuient sur les travaux de dizaines de chercheurs et chercheuses. A lire et à faire lire, notamment aux hommes de votre entourage qui s’intéressent aux questions féministes !

Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme

ne suis je pas une femme bell hooks

Essai écrit par bell hooks, 1981, Etats-Unis

Dans cet essai, désormais devenu un classique, bell hooks mène une réflexion sur la place des femmes noires dans la société et les luttes pour les droits aux Etats-Unis, en décortiquant les mouvements féministes blancs autant que les mouvements noirs de libération.

Ce qui est sûr, c’est que bell hooks n’épargne personne, des grandes figures (masculines) des mouvements pour les droits civiques aux mouvements féministes. A travers 5 chapitres, elle déroule avec de nombreuses références sa thèse des femmes noires exclues de tous les mouvements (de celui des femmes qui ne concerne finalement que les femmes blanches et de celui des noirs, qui ne comprend que les hommes noirs). Un ouvrage essentiel et éclairant sur l’imbrication entre racisme, sexisme et capitalisme.

Dans l’édition française, l’introduction signée Amandine Gay est un vrai plus pour avoir des pistes de compréhension du contexte français sur la même question.

Devenir

Autobiographie de Michelle Obama, 2018, Etats-Unis

Michelle Obama raconte son parcours de femme noire américaine, depuis les quartiers périphériques de Chicago jusqu’à la Maison Blanche. Elle raconte comment elle a d’abord mené des études brillantes en droit, avant de se détourner de son début de carrière d’avocate pour une carrière plus en accord avec ses valeurs. Elle raconte aussi, évidemment, les batailles successives pour la présidence des États-Unis, et ce vécu hors-norme, pendant 8 ans, au sommet de l’Etat.

Pendant 800 pages (!), Michelle Obama raconte sa vie peu commune et ses combats. Elle distille des analyses qui font du bien sur le manque de diversité dans les grandes universités ou la ségrégation dans les quartiers, sur son vécu de femme noire. Elle raconte comment elle a jonglé entre l’ambition de son mari, ses envies professionnelles, sa vie personnelle avec ses deux filles. Et puis bien sûr, mais on connaît déjà la fin de l’histoire, elle raconte sa colère face à l’arrivée d’un homme blanc, riche et misogyne au pouvoir à l’issue des 8 années de présidence Obama… Un bel autoportrait d’une femme combative au destin extraordinaire, bien qu’un peu long (on avoue).

Ma vie sur la route

Autobiographie écrite par Gloria Steinem, 2015, Etats-Unis

De son enfance atypique à sa vie de community organizer, Gloria Steinem revient sur les grands moments de sa vie et de celle des Etats-Unis, en gardant en fil rouge les rencontres faites tout au long de son parcours.

Quoi de plus intéressant que la vie par elle-même d’une des grandes figures féministes américaines ? C’est un superbe récit (et voyage !) que nous propose Gloria Steinem. Le récit est découpé en grands chapitres thématiques (pas forcément chronologiques) qui reviennent à la fois sur la grande Histoire des Etats-Unis, qu’elle a vécu et parfois contribué à façonner, et sur son histoire personnelle. La « route » dont elle parle est constituée des nombreux voyages professionnels et militants aux Etats-Unis et à l’international, mais également de son parcours intellectuel, évolutif au fil des rencontres. Un récit qui permet de mieux comprendre les enjeux et les combats féministes de ces 60 dernières années aux Etats-Unis, qu’on retrouve par exemple dans la série Mrs. America ou dans le documentaire Roe v. Wade : La véritable histoire de l’avortement.

Petit manuel antiraciste et féministe

Essai écrit par Djamila Ribeiro, 2020, Brésil

La philosophie et militante brésilienne Djamila Ribeiro propose ici un manuel, très accessible, dont l’objectif est le suivant : adopter des pratiques antiracistes et féministes pour faire changer la société !

En 10 chapitres de quelques pages chacun, elle expose des stratégies concrètes, ancrées dans le contexte brésilien mais duplicables partout. Cette version française, par les éditions Anacaona, est introduite par l’autrice féministe Françoise Vergès… et se conclue par une bibliographie franco-brésilienne très complète !

Aux mêmes éditions, découvrez aussi Gaia changera le monde, 1492, Anacaona l’insurgée des Caraïbes, L’histoire de Poncia et Insoumises.

Chinoises

Chinoises de Xinran

Recueil biographique écrit par Xinran, 2003, Royaume-Uni, Chine

Elles sont jeunes, vieilles, riches, pauvres, malades, amoureuses, travailleuses… Elles racontent leurs vies, leurs souffrances, les violences subies, ce qui les rend heureuses aussi.

Entre 1989 et 1997, la journaliste Xinran a présenté chaque soir une émission de radio mettant en avant les vies des femmes chinoises. Elle a écouté, lu et rencontré des centaines d’entre elles. De ces témoignages, elle a écrit ce livre puissant. Accrochez-vous !