L’amour sous algorithme

Amour sous algorithme

Essai autobiographique écrit par Judith Duportail, 2019, France

Complètement accro à l’application Tinder, Judith Duportail apprend que ladite application note ses utilisateurs et utilisatrices en fonction de leur « désirabilité ». Judith, journaliste de métier, décide de mener l’enquête.

Que vient faire cet essai à propos d’un service de rencontres en ligne sur 1001 héroïnes, pourrez-vous peut-être vous demander ? Ici, l’air de rien, Judith Duportail soulève plein de maux issus du patriarcat qui pèsent sur les femmes trentenaires, CSP+, vivant en milieu urbain, notamment l’injonction au couple (pour les femmes donc) et la mise en concurrence des femmes entre elles sur le « grand marché de la bonne meuf » (comme dirait Virginie Despentes dans King Kong Théorie). L’essai se dévore grâce à une écriture fluide et surtout un suspens qui nous donne envie d’aller jusqu’au résultat de l’enquête. Une belle illustration (et introduction !) aux liens entre capitalisme et patriarcat.

C’est mon corps

Essai écrit par Martin Winckler, 2020, France

C’est mon corps est un essai de 400 pages dédié à la santé des femmes, sous forme de questions-réponses. Martin Winckler, médecin militant, reprend de nombreuses questions qui lui ont été posées via son site internet, sur de nombreux sujets : règles, contraception, endométriose, sexualité, grossesse, violences obstétricales, ménopause… L’auteur rappelle que chacune de ces questions est légitime, et que nos médecins sont censés nous écouter et y répondre avec bienveillance. Les chapitres se clôturent par des recommandations de livres, séries, sites internet à consulter pour approfondir les sujets, notamment écrits par des femmes.

Martin Winckler a aussi écrit plusieurs romans qu’on vous conseille : Le chœur des femmes et L’école des soignantes. Il a également contribué à la bande dessinée d’Aude Mermillod, Il fallait que je vous le dise.

Le génie lesbien

Essai écrit par Alice Coffin, France, 2020

« Qu’ils dégagent. Qu’ils laissent leur place. Ils sèment le malheur. Nous voulons la joie. Être lesbienne est une fête. Ils ne la gâcheront pas. »

Dans cet essai à la fois intimiste et profondément politique, Alice Coffin raconte son parcours de lesbienne féministe. Elle parle de l’invisibilisation des lesbiennes dans les arts et les médias, elle évoque l’absence criante de modèles qui l’a empêchée (comme tant d’entre nous !) de se réaliser lesbienne plus tôt. Elle raconte son parcours de militante, indissociable de son métier de journaliste… ce qui pourtant est loin d’être compris en France : les médias réclament de leurs journalistes une « objectivité », qui est bien souvent synonyme de masculin blanc hétéro. Alice Coffin, elle, revendique un journalisme militant, pour que cessent enfin les tribunes, articles ou titres sexistes, racistes, homophobes, lesbophobes. Elle parle de prioriser les femmes, ce qui a provoqué un scandale sur les réseaux sociaux à la sortie du livre, alors que l’entre-soi masculin existe depuis des centaines d’années sans que personne ne parle de « communautarisme » ! Et puis ce titre génial, le « génie lesbien ». L’autrice rappelle que les lesbiennes sont certes invisibles, mais sont aussi partout, même dans les combats qui ne les concernent pas directement : elles ont été en première ligne des combats pour le droit à l’avortement et à la contraception dans les années 70, elles ont activement participé à la lutte contre le sida ou plus récemment au mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis.

Une farouche liberté

Essai autobiographique, Gisèle Halimi avec Annick Cojean, France, 2020

Gisèle Halimi raconte ses combats, depuis son enfance où elle mesurait déjà l’injustice d’être née fille. Elle revient sur les procès emblématiques de sa vie d’avocate : celui de Djamila Boupacha, les procès de Bobigny et d’Aix-en-Provence. Elle évoque sa vie politique et les frustrations qui sont allées avec. Elle aussi parle de ses proches militant.e.s ou artistes engagé.e.s. 

Quelques mois seulement avant son décès, la formidable Gisèle Halimi a répondu aux questions de la journaliste Annick Cojean. On la sent toujours aussi engagée, elle transmet dans l’écriture une force incroyable et on a envie de lancer la révolution qu’elle appelle de ses voeux ! Dans les dernières pages, elle donne des conseils aux prochaines générations de femmes : être indépendantes économiquement, refuser les injonctions à la maternité… et puis surtout : se dire féministe ! 

Gisèle Halimi a aussi écrit (entre autres !) Ne vous résignez jamais.

Le regard féminin – Une révolution à l’écran

Essai écrit par Iris Brey, France, 2020

Après Sex and the series, Iris Brey propose un nouvel essai très documenté, accessible, bien qu’émaillé de termes techniques liés au monde du cinéma et de la psychanalyse. Elle y théorise le “female gaze”, ou regard féminin, cette manière révolutionnaire de filmer les femmes sans en faire des objets, en permettant aux spectateurs et spectatrices de partager leurs expériences féminines. Loin d’être un simple miroir du “male gaze”, elle explique en quoi le “female gaze” introduit une révolution dans le cinéma, renversant l’ordre patriarcal. Elle cite Portrait de la jeune fille en feu, Cléo de 5 à 7, The L Word, Unbelievable… Certains autres exemples de regard féminin sont particulièrement déstabilisants, notamment quand elle analyse l’entrée en scène de Wonder Woman dans le film du même nom (alors que son justaucorps et ses talons nous ont amenées à le définir comme un film “male gaze”), ou plus encore le film Elle de Paul Verhoeven, à l’intrigue très dérangeante (pour faire court, une femme qui tombe amoureuse de son violeur). On adhère ou on n’adhère pas à tous ses exemples : en tous cas, Iris Brey propose un changement de regard qui marque et impacte durablement la manière de voir les productions cinématographiques !

Mes ancêtres les Gauloises – Une autobiographie de la France

Essai écrit par Elise Thiébaut, France, 2019

A l’heure de certaines inepties prononcées par des intellectuels racistes et masculinistes (qui parlent de « grand remplacement », de « Français de souche » et de « menace féministe »), Elise Thiébaut propose une autobiographie unique en son genre, au prisme de ses ancêtres, notamment les femmes. Elle y interroge son identité et celle de la France, à travers tests ADN, recherches généalogiques et archivistiques. Un essai passionnant quand on s’intéresse de près ou de loin à l’histoire, au féminisme et au colonialisme, facile à lire, écrit avec un ton incisif et souvent plein d’ironie !

Affamée – Une histoire de mon corps

Essai écrit par Roxane Gay, Etats-Unis, 2019

A 12 ans, Roxane Gay est victime d’un viol collectif, organisé par celui qu’elle croit être son petit ami. Pour survivre, elle se met à manger, tout le temps, pour transformer son corps et l’ériger en forteresse inatteignable des hommes. Elle raconte comment elle a souhaité disparaitre, et en même temps comment ce corps transformé est devenu l’objet des critiques permanentes de son entourage, du monde médical et même de parfaits inconnus.

Après Bad Feminist, Roxane Gay revient cette fois sur son parcours personnel. Elle raconte l’histoire de son corps, à partir de laquelle elle analyse le rapport de notre société avec la grosseur : incompréhension, préjugés, dégoût, haine… Un livre important qui rappelle que le combat contre la grossophobie est plus que jamais d’actualité.

Sur ce sujet, on vous conseille aussi l’essai de l’autrice française Gabrielle Deydier : On ne naît pas grosse.

Les couilles sur la table

les couilles sur la table

Essai écrit par Victoire Tuaillon, France, 2019

Pourquoi, dans une écrasante majorité, les harceleurs, agresseurs et violeurs sont des hommes ? Pourquoi, après des décennies de féminisme, les femmes sont toujours soumises à la charge mentale, aux violences, à la domination masculine ?

Pour répondre à toutes ces questions, Victoire Tuaillon anime depuis 2017 un excellent podcast : « Les couilles sur la table ». En 2019, elle a synthétisé dans ce livre l’ensemble des sujets abordés dans le podcast, avec toujours cet angle particulier : la construction de la masculinité et ses conséquences. Un point de vue qui renouvelle la manière d’aborder les inégalités entre femmes et hommes : parce que s’il y a du sexisme, c’est bien qu’il vient de quelque part ! Les couilles sur la table est un livre très accessible et efficace, découpé en grands chapitres thématiques qui s’appuient sur les travaux de dizaines de chercheurs et chercheuses. A lire et à faire lire, notamment aux hommes de votre entourage qui s’intéressent aux questions féministes !

Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme

ne suis je pas une femme bell hooks

Essai écrit par bell hooks, 1981, Etats-Unis

Dans cet essai, désormais devenu un classique, bell hooks mène une réflexion sur la place des femmes noires dans la société et les luttes pour les droits aux Etats-Unis, en décortiquant les mouvements féministes blancs autant que les mouvements noirs de libération.

Ce qui est sûr, c’est que bell hooks n’épargne personne, des grandes figures (masculines) des mouvements pour les droits civiques aux mouvements féministes. A travers 5 chapitres, elle déroule avec de nombreuses références sa thèse des femmes noires exclues de tous les mouvements (de celui des femmes qui ne concerne finalement que les femmes blanches et de celui des noirs, qui ne comprend que les hommes noirs). Un ouvrage essentiel et éclairant sur l’imbrication entre racisme, sexisme et capitalisme.

Dans l’édition française, l’introduction signée Amandine Gay est un vrai plus pour avoir des pistes de compréhension du contexte français sur la même question.

Devenir

Autobiographie de Michelle Obama, 2018, Etats-Unis

Michelle Obama raconte son parcours de femme noire américaine, depuis les quartiers périphériques de Chicago jusqu’à la Maison Blanche. Elle raconte comment elle a d’abord mené des études brillantes en droit, avant de se détourner de son début de carrière d’avocate pour une carrière plus en accord avec ses valeurs. Elle raconte aussi, évidemment, les batailles successives pour la présidence des États-Unis, et ce vécu hors-norme, pendant 8 ans, au sommet de l’Etat.

Pendant 800 pages (!), Michelle Obama raconte sa vie peu commune et ses combats. Elle distille des analyses qui font du bien sur le manque de diversité dans les grandes universités ou la ségrégation dans les quartiers, sur son vécu de femme noire. Elle raconte comment elle a jonglé entre l’ambition de son mari, ses envies professionnelles, sa vie personnelle avec ses deux filles. Et puis bien sûr, mais on connaît déjà la fin de l’histoire, elle raconte sa colère face à l’arrivée d’un homme blanc, riche et misogyne au pouvoir à l’issue des 8 années de présidence Obama… Un bel autoportrait d’une femme combative au destin extraordinaire, bien qu’un peu long (on avoue).