Ma vie sur la route

Autobiographie écrite par Gloria Steinem, 2015, Etats-Unis

De son enfance atypique à sa vie de community organizer, Gloria Steinem revient sur les grands moments de sa vie et de celle des Etats-Unis, en gardant en fil rouge les rencontres faites tout au long de son parcours.

Quoi de plus intéressant que la vie par elle-même d’une des grandes figures féministes américaines ? C’est un superbe récit (et voyage !) que nous propose Gloria Steinem. Le récit est découpé en grands chapitres thématiques (pas forcément chronologiques) qui reviennent à la fois sur la grande Histoire des Etats-Unis, qu’elle a vécu et parfois contribué à façonner, et sur son histoire personnelle. La « route » dont elle parle est constituée des nombreux voyages professionnels et militants aux Etats-Unis et à l’international, mais également de son parcours intellectuel, évolutif au fil des rencontres. Un récit qui permet de mieux comprendre les enjeux et les combats féministes de ces 60 dernières années aux Etats-Unis, qu’on retrouve par exemple dans la série Mrs. America ou dans le documentaire Roe v. Wade : La véritable histoire de l’avortement.

Petit manuel antiraciste et féministe

Essai écrit par Djamila Ribeiro, 2020, Brésil

La philosophie et militante brésilienne Djamila Ribeiro propose ici un manuel, très accessible, dont l’objectif est le suivant : adopter des pratiques antiracistes et féministes pour faire changer la société !

En 10 chapitres de quelques pages chacun, elle expose des stratégies concrètes, ancrées dans le contexte brésilien mais duplicables partout. Cette version française, par les éditions Anacaona, est introduite par l’autrice féministe Françoise Vergès… et se conclue par une bibliographie franco-brésilienne très complète !

Aux mêmes éditions, découvrez aussi Gaia changera le monde, 1492, Anacaona l’insurgée des Caraïbes, L’histoire de Poncia et Insoumises.

Chinoises

Chinoises de Xinran

Recueil biographique écrit par Xinran, 2003, Royaume-Uni, Chine

Elles sont jeunes, vieilles, riches, pauvres, malades, amoureuses, travailleuses… Elles racontent leurs vies, leurs souffrances, les violences subies, ce qui les rend heureuses aussi.

Entre 1989 et 1997, la journaliste Xinran a présenté chaque soir une émission de radio mettant en avant les vies des femmes chinoises. Elle a écouté, lu et rencontré des centaines d’entre elles. De ces témoignages, elle a écrit ce livre puissant. Accrochez-vous !

Libération des femmes : 40 ans de mouvement 

Essai historique écrit par Françoise Picq, France, 2011

Le 26 août 1970, 9 femmes déposaient une gerbe à l’Arc de Triomphe : “il y a plus inconnu encore que le soldat inconnu : sa femme”. Elles donnaient alors le coup d’envoi d’actions militantes revendiquées par le MLF, le mouvement de libération des femmes.

Dans cet ouvrage de plus de 500 pages, la militante et historienne Françoise Picq décortique les “années mouvement” qui ont suivi. Elle détaille avec une grande précision les années 1970, évoque les nombreuses actions militantes, publications, débats… des féministes d’alors. Elle évoque aussi les conflits qui ont secoué le mouvement, particulièrement entre féministes dites “universalistes” et féministes “différentialistes” (jusqu’au dépôt du nom “MLF” par une fraction de militantes différentialistes, actant la rupture). Elle décrit ensuite le déclin du militantisme avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, puis les débats plus récents (voile, prostitution, parité) et l’arrivée de nouvelles structures militantes dans les années 1990 et 2000 (Mix-Cité, Ni putes ni soumises, Les chiennes de garde…). Elle-même militante, Françoise Picq a vécu de l’intérieur ces “années mouvement”, ce qui fait la force du livre… mais crée aussi une histoire très partisane. On le voit en particulier avec l’évocation des conflits entre féministes hétérosexuelles et lesbiennes radicales : certes évoqués, ces conflits le sont clairement du point de vue d’une militante hétéro, les lesbiennes ont souvent tous les torts… Pour d’autres points de vue, on vous conseille la lecture de Mouvement des lesbiennes, lesbiennes dans le mouvement.

Le consentement

Livre de Vanessa Springora, France, 2020

En 1986, Vanessa a 13 ans quand elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain de 50 ans. La jeune fille a vécu une enfance chaotique, son désir de plaire et d’être aimée sont forts. L’écrivain prédateur, habitué à la mise sous emprise d’adolescentes, le sait très bien. La suite est donc inévitable : une “relation” de près d’un an commence, en parallèle de son acceptation terrifiante par les proches de Vanessa et par la société toute entière (des intellectuel.le.s reconnu.e.s ont à l’époque signé des tribunes réclamant la décriminalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de 15 ans).

Le consentement, c’est le roman témoignage édifiant d’une femme extrêmement courageuse. Plus de 20 ans après les faits, Vanessa Springora raconte son enfance, la mise sous emprise par cet homme puissant, sa “déprise” progressive (quelle force !!) et enfin “l’empreinte” violente et douloureuse que laissera cette “relation” avec un pédocriminel, qui nécessitera un très long processus de reconstruction. L’autrice dénonce la complaisance des milieux littéraires et artistiques français ainsi que de certains médias. Surtout, elle interroge la notion de “consentement” : peut-on vraiment être consentante quand on a seulement 13 ans ? Pour rappel, la loi française n’a elle-même pas tranché cette question, puisque la dernière tentative d’instaurer un seuil d’âge en-dessous duquel les mineur.e.s seraient présumé.e.s ne jamais consentir à un rapport sexuel avec un.e majeur.e a échoué.

Se dire lesbienne. Vie de couple, sexualités, représentation de soi

Essai écrit par Natacha Chetcuti, 2010, France

Natacha Chetcuti, sociologue, écrit un essai novateur et pionnier, qui décrit des parcours lesbiens en s’appuyant sur des récits de femmes rencontrées dans des groupes militants ou des lieux de socialisation en France. Elle décrit notamment 3 parcours lesbiens : les parcours exclusifs (des femmes qui n’ont jamais relationné avec des hommes), les parcours simultanés (des femmes qui ont démarré leur vie sexuelle avec des femmes et des hommes dans une même période avant de ne vivre des relations qu’avec des femmes), et les parcours progressifs (largement majoritaires, dans lesquels des femmes ont d’abord eu des relations exclusivement avec des hommes avant de se tourner vers le lesbanisme).

Cet ouvrage est important dans l’histoire récente du lesbianisme… mais il est déjà assez daté : les lieux de socialisation décrits, notamment, n’existent plus ou ont beaucoup changé (coucou internet). Autre critique : l’insistance de l’autrice sur certaines identités (butch/fem) et certaines pratiques sexuelles (pénétration, sadomasochisme), alors qu’elle dit elle-même qu’elles concernent peu les femmes interrogées pendant son enquête. Au contraire, les enquêtées indiquent plutôt que le lesbianisme leur permet de gommer les catégories de genre et les pratiques marquées par l’hétérosexisme. Bref, des choses à prendre et d’autres à laisser, selon votre propre sensibilité !

Bad feminist

Essai écrit par Roxane Gay, 2014, États-Unis

Pop culture, violences sexistes et sexuelles, sororité, racisme et politique, Roxane Gay aborde dans son essai de nombreux sujets avec un fil conducteur : comment accepter de ne pas être une féministe parfaite et assumer ses contradictions.

L’autrice détricote, avec brio et clarté, des hits de la pop culture : spectacles d’humour absolument sexistes, chansons incitant au viol dont tout le monde connait le refrain, films plus ou moins connus comme La couleur des sentiments et Django Enchained. Il s’agit d’un essai facile à lire, qui balaie plein de sujets clés ! Seul bémol, si vous avez l’habitude de lire des textes théoriques féministes, vous resterez peut-être sur votre faim : on aurait aimé que l’autrice finisse par trancher ou qu’elle aille parfois un peu plus loin.

Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique 

Essai écrit par Mona Chollet, 2015, France

Ode au foyer, lieu de repos, de protection, de rêves. Mais comment faire dans ce monde où trouver un logement est si compliqué, où tant d’entre nous n’y ont pas accès ? Comment faire quand le foyer devient lieu d’enfermement des femmes, contraintes à une vie de couple et de ménagères accomplies (coucou Titiou Lecoq !) ?

Dans cet ouvrage, Mona Chollet réhabilite les casanier.e.s et invite à repenser l’espace domestique. Pour qu’enfin il soit un vrai refuge, pour toutes et tous, sans mécanismes de domination. La lecture est fluide, drôle… à lire bien au chaud dans son canapé ! A lire également : Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine et Sorcières – La puissance invaincue des femmes.

Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine

Essai écrit par Mona Chollet, 2012, France

Obsession du corps parfait et de la minceur, chirurgie esthétique, concours de beauté pour petites filles, crèmes blanchissantes… Comment la presse “féminine”, la publicité et l’industrie “de la beauté” véhiculent des normes inatteignables, provoquent haine de soi et de son corps, enferment les femmes dans un besoin de perfection et de séduction permanentes ? C’est de tout cela qu’il est question dans Beauté fatale.

Mona Chollet enquête sur les injonctions sexistes à une “féminité” parfaite, qui pèsent sur les femmes et les aliènent. Un essai essentiel, très dense, très documenté, engagé et souvent drôle, qui fait du bien… et qui propose des pistes pour avancer et sortir des carcans imposés. De la même autrice, à lire également : Sorcières – La puissance invaincue des femmes et Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique.

Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ?

Essai écrit par Catherine Vidal, 2012, France

Vraiment, les garçons seraient meilleurs en maths, seuls capables de lire une carte routière ? Les femmes seraient seules capables de faire deux choses à la fois, mais seraient d’incorrigibles bavardes ? Et tout ça, viendrait de nos cerveaux, fondamentalement différents ?

Heureusement, la neurobiologiste Catherine Vidal est là pour remettre les choses à l’endroit ! Elle rappelle que les clichés n’ont aucune justification physiologique, et que la plasticité du cerveau permet d’acquérir de nouvelles compétences tout au long de la vie. Un petit ouvrage très facile à lire, à mettre dans les mains de tous les sceptiques ! Dans la même collection, Hommes, femmes : avons-nous le même cerveau ? est construit un peu différemment mais reprend les mêmes arguments.