L’événement

Film féministe avortement

Long métrage réalisé par Audrey Diwan, 2021, France

En 1963, Anne découvre qu’elle est enceinte. Etudiante désirant poursuivre ses études, elle décide alors d’avorter… 12 ans avant que la loi ne l’y autorise.

Adapté du roman autobiographique d’Annie Ernaux, L’événement nous montre le parcours dangereux (risques pour la santé, risques juridiques…) des femmes qui choisissaient d’avorter clandestinement avant la loi. Un film bouleversant aux scènes crues (tout comme dans le livre d’ailleurs), vous voilà prévenu.e.s. On s’est quand même demandé pourquoi ajouter une scène d’avortement clandestin aux aiguilles à tricoter, scène qui n’est pas dans le livre et qui est particulièrement éprouvante à regarder.

Easy girl

Long métrage réalisé par Will Gluck, 2010, Etats-Unis

Olive invente un mensonge basée sur un rencard avec un garçon pour éviter un week-end avec la famille de sa meilleure amie. Quand le lundi matin, cette dernière la harcèle pour savoir comment ça s’est passé, Olive ment une nouvelle fois et fait comprendre qu’elle a eu sa première relation sexuelle. A partir de là, le mensonge s’emballe et se propage dans tout le lycée.

Sous ses airs de teen movie avec en actrice principale la brillante Emma Stone (déjà vue dans Battle of the sexes et Cruella), Easy A aborde la question du harcèlement, de l’hypersexualisation et de l’obligation de “bonne réputation” que les femmes doivent tenir dans ce monde patriarcal. Le film illustre parfaitement combien les femmes sont toujours perdantes (soit trop gentilles et donc non-désirantes du point de vue des hommes, soit trop sexy et donc méprisées par ces mêmes hommes).

Mrs Dalloway

Mrs Dalloway film féministe

Long métrage réalisé par Marleen Gorris, 1997, Etats-Unis, Royaume-Uni, adaptation du roman Mrs Dalloway de Virginia Woolf

En préparant une réception qui aura lieu le soir-même chez elle et alors que d’anciennes connaissances refont surface dans sa vie, Mrs Dalloway se remémore des souvenirs de sa jeunesse.

Pour celles et ceux d’entre vous qui auraient la flemme de se plonger dans la lecture du roman phare de Virginia Woolf (et pourtant ! Il vaut le détour !), voilà une adaptation assez fidèle. La réalisatrice, féministe et par ailleurs déjà connue pour des films mettant en scène des lesbiennes, n’oublie pas ni me maquille l’histoire lesbienne déjà présente dans le roman. Pour un film de ces années-là, c’est assez intéressant pour le souligner !

Carrie Pilby

Carrie Pilby film féministe

Long métrage réalisé par Susan Johnson, 2016, Etats-Unis, d’après le roman homonyme de Caren Lissner.

Surdouée, Carrie, 19 ans et diplômée d’Harvard, tourne en rond avec elle-même. Son psy lui propose de dresser une liste de choses à faire qui la rendraient plus heureuse et l’aideraient à s’intégrer dans la vie.

Carrie Pilby est au premier abord une comédie romantique comme Hollywood en produit beaucoup. Mais on s’attache facilement à cette héroïne peu ordinaire, qui remet en cause certaines conventions sociales et tombe amoureuse en se posant beaucoup de questions. Etant très jeune lors de ses études, le film aborde également la question de l’emprise que peuvent avoir des adultes (notamment des professeurs) sur de très jeunes femmes. On regrette juste que, au milieu de nombreux dénouements positifs, il faille qu’un personnage masculin use de violence pour la “venger”.

La première fois que j’ai eu 20 ans

La première fois que j'ai eu 20 ans film

Long métrage réalisé par Lorraine Lévy, 2014, France, d’après le roman La première fois que j’ai eu 16 ans de Susie Morgenstern

Années 60. Hannah a des parents qui l’aiment, deux sœurs belles et coquettes, est brillante musicienne et pourtant rien de va. La seule chose qui pourrait sauver ses 16 ans ? Qu’elle et sa contrebasse intègrent le groupe de jazz du lycée, jusque là exclusivement réservés aux hommes.

Cette adaptation d’un des nombreux romans de l’autrice jeunesse Susie Morgenstern est vraiment chouette. Hannah, l’anti-héroïne par excellence du film pour ado (brillamment interprétée par Marilou Berry), est ronchon et… absolument attachante. On suit avec plaisir ses aventures pour défier les traditions sexistes de son lycée et finalement accéder à un petit peu de bonheur.

Into the forest

Into the forest film féministe

Long métrage réalisé par Patricia Rozema, 2015, Canada, d’après le roman Dans la forêt de Jean Hegland

Dans un futur proche, toutes les communications et les technologies cessent de marcher du jour au lendemain. Deux sœurs se retrouvent livrées à elles-mêmes dans leur maison au cœur de la forêt.

On attendait cette adaptation du roman de Jean Hegland et le résultat n’est pas trop mal. On préfère vous prévenir tout de suite, il y a du suspens dans ce film, tourné en mode thriller (donc ça fait parfois un peu peur). Malgré quelques ressorts un peu faciles comme dans le roman d’origine, on prend plaisir à voir ces deux sœurs apprendre à se débrouiller et, dans la deuxième moitié du film, au fil des semaines, à apprivoiser la nature qui les entoure. Malheureusement, le film reste inédit en France.

Petite forêt

Petite forêt film féministe

Long métrage réalisé par Yim Soon-rye, 2018, Corée du sud

Après plusieurs échecs, dont un examen important, la jeune Hye-won décide de quitter Séoul sur un coup de tête pour revenir temporairement dans le village où elle a grandit. Les semaines passent, elle retrouve ses ami.e.s d’enfance Jae-ha et Eun-sook, elle prépare les saisons agricoles… et ne semble pas prête à repartir.

Petite forêt est l’adaptation coréenne du manga japonais du même nom. Assez fidèle, on y retrouve une héroïne attachante (la lumineuse actrice Kim Tae-ri, beaucoup plus à son avantage que dans Mademoiselle), perdue, qui se plonge corps et âme dans un quotidien rural pour échapper à ses problèmes. Comme dans le manga, elle cuisine beaucoup (attention ça donne faim !). On aime que dans cette adaptation, ses ami.e.s soient plus présent.e.s et qu’elle semble plus entourée. Un film feel good, une ode à la slow life (ça fait beaucoup de mots anglais pour terminer ce résumé !). Inédit en France après sa brève sortie au cinéma, une édition DVD est enfin disponible aux éditions Borealia.

Maggie a un plan

Maggie a un plan film féministe

Long métrage réalisé par Rebecca Miller, 2016, Etats-Unis

Maggie, trentenaire célibataire, veut absolument un enfant. Alors qu’elle trouve dans son entourage un donneur de sperme, elle tombe amoureuse (et réciproquement) de John, un universitaire déjà marié avec Georgette, universitaire également, et père de deux enfants. Quelques années plus tard, Maggie, mère d’une petite fille, partageant son conjoint John avec sa première famille, a un plan : remettre John et Georgette ensemble.

Maggie a un plan est un film assez déroutant, qui aborde avec légèreté et détermination les désirs féminins. Maggie n’a aucun problème à vouloir concevoir un bébé toute seule et d’ailleurs, la vie de famille avec l’énorme charge mentale et organisationnelle qui s’en suit les années passant lui font réfléchir à nouveau à la possibilité d’être mère célibataire, sans aucun complexe. On a également trouvé intéressant le traitement de l’infidélité masculine du point de vue des femmes, infidélité tournée en ridicule avec le personnage de John, finalement mené en bateau par les deux “femmes de sa vie” (jouées par Greta Gerwig et Julianne Moore) dont il ne s’occupe absolument pas.

Bonne nouvelle, vous pouvez voir le film en accès libre sur le site de France tv jusqu’au 28 février 2022.

Le bal des folles

Long métrage adapté du roman de Victoria Mas, réalisé par Mélanie Laurent, 2021, France

Fin du XIXème siècle, à Paris. Eugénie Cléry est une jeune fille de bonne famille. Mais elle possède un don inhabituel : elle entend et voit les morts. Après avoir fait part de ce don à sa grand-mère, elle est enfermée par sa famille à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, au “service des hystériques” dirigé par le célèbre neurologue Charcot. Là, elle subit de nombreux traitements censés la guérir : examens gynécologiques forcés, séances d’hypnose, bains froids, enfermement dans le noir…

Adapté du roman du même nom, ce long métrage en propose une adaptation qu’on a trouvé plus violente. Certaines scènes sont particulièrement impressionnantes, marquées par la cruauté de plusieurs personnages. La réalisatrice a fait le choix (mais c’est aussi le jeu lors d’une adaptation cinématographique) de montrer davantage, plus frontalement, les expériences menées par le professeur Charcot et ses équipes sur des femmes souvent fragiles, traumatisées. Un film fort et une démarche, avec le recrutement d’actrices en situation de handicap, à saluer.

On vous conseille aussi, évidemment, le roman de Victoria Mas. A lire aussi, la belle adaptation du roman en BD, ainsi que le récit, en BD également, de Nelly Bly dans un asile psychiatrique de New-York.

Respect

Long métrage réalisé par Liesl Tommy, 2021, Etats-Unis

Fille d’un pasteur baptiste, Aretha commence très jeune à chanter dans l’église de son père C. L. Franklin, militant des droits civiques et proche de Martin Luther King, à Detroit. Après la mort brutale de sa mère alors qu’elle n’avait pas encore 10 ans, Aretha accompagne de plus en plus fréquemment son père dans ses tournées dans tout le pays. Celui-ci décide aussi de la présenter à un producteur pour qu’elle enregistre ses premiers disques… C’est le début de sa renommée qui deviendra internationale.

Respect est un film très complet sur la vie d’Aretha Franklin, qu’on a beaucoup aimé. De son enfance jusqu’au début des années 70, il retrace sa carrière mais s’arrête également sur plusieurs faits marquants de sa vie personnelle : son viol quand elle était enfant, qui a mené à deux grossesses alors qu’elle avait 12 et 14 ans ; les relations compliquées avec son père ; les violences conjugales qu’elle a subies… Si le film aurait pu être très difficile (à l’image de celui sur Billie Holiday qui comporte plusieurs scènes très violentes), on a apprécié ici la façon dont ces violences sont suggérées sans être montrées de manière trop frontale. La performance de Jennifer Hudson, d’ailleurs choisie par Aretha Franklin elle-même pour ce rôle, est impressionnante. Evidemment, on a aussi adoré la musique et la manière dont les chansons sont mises en regard de la vie de la chanteuse, de son émancipation progressive et de ses engagements politiques. Bref, 2h15 de film qui passent très vite !

Pour compléter ce biopic, on vous conseille aussi le documentaire Aretha Franklin – Soul Sister. Et pour (re)découvrir d’autres chanteuses noires-américaines incontournables pour l’histoire de la musique, on vous conseille Billie Holiday, une affaire d’Etat et Nina.