Aya de Yopougon

Série de bandes dessinées écrites par Marguerite Abouet et dessinées par Clément Oubrerie, 2005-2010, France, Côte d’Ivoire (6 tomes)

A la fin des années 70, à Abidjan (“Yop-city”), Aya, Adjoua et Bintou ont 19 ans. Aya souhaite devenir médecin quand son père la préfèrerait mariée, pendant que ses deux copines sont de grandes fêtardes. Autour d’elles gravitent de nombreux personnages : parents, petits copains, voisin.e.s, ami.e.s… Un jour, Adjoua apprend qu’elle est enceinte…

Un chouette univers, des héroïnes qui n’ont pas leur langue dans leur poche, et des destins traditionnels de femmes remis en question. C’est un peu tout ça qu’évoque la série Aya de Yopougon ! Une série pleine d’humour, d’espoir, de rêves. Un film d’animation adapté des bandes dessinées existe également.

I’m every woman

Roman graphique écrit et dessiné par Liv Strömquist, 2018, Suède 

Qui sont les “pires petits amis de l’histoire” ? Edvard Munch, Mao Zedong, Ingmar Bergman, Elvis Presley, Joseph Staline ? Difficile de les départager…

Liv Strömquist décortique le comportement de ces hommes célèbres avec leurs compagnes, et au-delà nous parle de la misogynie des hommes, de l’origine des inégalités, de religion, de conservatisme… Alors oui, ça part un peu dans tous les sens ! Mais c’est drôle, cynique, plein de sources bibliographiques pour aller plus loin dans la réflexion. A lire aussi : L’origine du monde.

Joséphine Baker

Roman graphique écrit par Bocquet et dessinée par Catel, 2016, France

Née dans le Mississipi aux Etats-Unis, mariée pour la première fois quand elle avait 13 ans, d’abord artiste de rue, Joséphine Baker arrive à Paris à 20 ans. Elle devient alors une chanteuse et danseuse star, qui va parcourir le monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Résistance française. Puis, elle lutte contre le racisme et la ségrégation. Elle a aussi adopté douze orphelins, qui forment sa “tribu arc-en-ciel”.

Avec les biographies de Ainsi soit Benoîte Groult, Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse, Catel et Bocquet nous offrent encore une fois un roman graphique magnifique, hyper documenté ! Les 564 pages (!) nous permettent de nous passionner pour le parcours extraordinaire de cette héroïne, qu’on réduit souvent à une image sexiste et raciste, ultra-stéréotypée (et qui d’ailleurs est celle de la couverture).

Un autre regard

Bande dessinée écrite et dessinée par Emma, 2017, France

Maternité et violences gynécologiques, sexualités et connaissance de son corps, partage des tâches et charge mentale, racisme et violences policières… voici quelques uns des thèmes traités dans cette BD. Emma explique et analyse des faits de société, rendans accessibles des sujets politiques complexes.

Emma, on la connaît surtout pour sa bande dessinée sur la charge mentale, diffusée sur les réseaux sociaux, qui a contribué à une véritable prise de conscience sur le partage des tâches. Dans Un autre regard, trucs en vrac pour voir les choses autrement, on retrouve ce ton engagé et politique. Depuis, 3 autres tomes ont été publiés : Un autre regard 2, La charge émotionnelle et autres trucs invisibles, Des princes pas si charmants et autres illusions à dissiper ensemble… avec toujours ce même ton incisif et cette pédagogie !

Moi aussi, je voulais l’emporter

Bande dessinée réalisée par Julie Delporte, 2017, Canada, Finlande

Julie Delporte fait des recherches sur Tove Jansson, célèbre créatrice des Moomins, dont elle souhaite à l’origine consacrer son ouvrage… puis au fil de sa pensée et de ses pages, c’est d’elle-même et de sa condition de femme qu’elle finit par parler.

Moi aussi, je voulais l’emporter est un ouvrage déroutant. À la croisée entre la bande dessinée, le roman graphique et le carnet de voyage ou de pensées, il s’agit ici d’un petit bijou avec plein d’interrogations d’une femme ordinaire dans ce monde patriarcal. On aime l’auto-représentation de l’artiste non maquillée, avec ses poils aux jambes. Voilà un peu de poésie féministe à mettre dans votre bibliothèque.

L’insoumise 

Bande dessinée écrite par Marie-José Jaubert et dessinée par Chantal Montellier (d’après le film On l’appelait Christine de Marie-José Jaubert), 2013, France 

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes sont en situation de mal logement à Angers. Christine Brisset s’engage alors pour mettre fin à ces situations de précarité. Elle prend la tête d’un mouvement de squatters (plus de 800 occupations !), avant de fonder le Mouvement des Castors. Elle comparaîtra 49 fois devant des tribunaux entre 1949 et 1962…

Tout le monde connaît l’abbé Pierre… mais qui connaît Christine Brisset ? Cette femme engagée et militante a été complètement oubliée, alors que ces actions ont été incroyables, avec un véritable impact sur des populations mal logées vulnérables. Cette BD, adapté du film On l’appelait Christine, est donc indispensable pour mieux connaître notre matrimoine !

Il fallait que je vous le dise

Écrit et dessiné par Aude Mermilliod, 2019, France

Aude Mermilliod a donné rendez-vous à Martin Winckler dans un café, au Québec. Elle lui raconte son avortement, 8 ans auparavant. Un parcours semé de difficultés. Puis, c’est Martin Winckler qui lui raconte comment il est devenu médecin militant.

Il fallait que je vous le dise est un beau roman graphique, témoignage vibrant de l’autrice qui raconte son avortement. Aude Mermilliod se livre sans tabou sur cette expérience, elle raconte son parcours médical et son ressenti douloureux, qui perdure malgré sa détermination. En deuxième partie et en miroir de la première, le récit du médecin Martin Winckler. Celui-ci raconte comment il a commencé à pratiquer des avortements, comment une infirmière lui a permis de sortir d’une posture très paternaliste, comment il est devenu l’auteur du Chœur des femmes. L’ensemble est très touchant, mettant en lumière le combat passé et toujours actuel pour le droit des femmes à avorter.

Fun Home

Écrit et dessiné par Alison Bechdel

Alison Bechdel raconte son enfance, en mettant l’accent sur la relation avec son père, qui soumet toute la famille à son obsession de la décoration et du rangement. Elle y aborde aussi la découverte de son homosexualité.

Autrice de la série des Lesbiennes à suivre, publiée sur 25 ans, et inventrice du test de Bechdel, Alison Bechdel publie en 2006 cette première bande dessinée autobiographique. Parfois difficile à suivre car il ne suit pas une temporalité linéaire et enchaîne les références littéraires, Fun Home décrit des relations familiales complexes, des secrets de famille pesants, qui ont façonné la femme qu’elle est aujourd’hui.

J’adore ce passage

Écrit et dessiné par Tillie Walden, 2016, États-Unis

Rae et Elisabeth s’aiment et partagent tout : musique, balades, sentiments…

Écrit avant le génial Spinning, J’adore ce passage est un très beau roman graphique tout doux, une jolie histoire d’amour entre deux jeunes filles qui parle de la difficulté de s’assumer en tant que lesbienne, qui plus est à l’adolescence. Il se lit très vite… mais peut se relire souvent !

Spinning

Écrit et dessiné par Tillie Walden, 2017, États-Unis

Tillie a 12 ans. Elle pratique le patinage artistique à un haut niveau, et enchaine donc les entrainements et les compétitions. Avec l’arrivée de l’adolescence, elle commence à remettre en question cette vie bien remplie…

Spinning est le premier roman graphique de la dessinatrice lesbienne Tillie Walden paru en français. Une très belle découverte, qui donne envie de lire tous les autres (J’adore ce passage notamment) ! Le récit est autobiographique : Tillie nous plonge dans ses souvenirs pour raconter sa soif de liberté et la découverte de son homosexualité. C’est très touchant et les dessins sont magnifiques.