Doigts d’honneur – Révolution en Egypte et droits des femmes

Bande dessinée écrite par Ferenc et illustrée par Bast, 2016, France, Egypte

En juin 2013, au Caire, 2 ans après la chute de Moubarak, le peuple retourne place Tahrir pour exiger le départ de Morsi. Pendant ce temps, Leyla est concentrée sur ses études. Un ami d’enfance la convainc de l’y accompagner. Comme des centaines d’autres femmes cette même semaine, elle sera alors victime de viol.

En partenariat avec Amnesty International, Ferenc et Bast nous ramènent au coeur de la révolution égyptienne, qui a en grande partie oublié les revendications des femmes. Au contraire, des manifestants réclamant la liberté ont agressé et violé des centaines de femmes. Des violences policières ciblées contre les femmes ont également eu lieu. La BD montre bien le continuum des inégalités et des violences subies par les femmes : elle évoque aussi le harcèlement sexuel dans l’espace public (99% de femmes victimes selon une enquête d’ONU Femmes en 2013) ou encore les mutilations sexuelles (91% des femmes sont excisées selon UNICEF). Attention cependant : beaucoup de scènes sont très violentes, avec de la nudité. La BD, très factuelle, manque peut-être un peu d’empathie : le point de vue est assez extérieur… peut-être parce qu’elle a été écrite par des hommes français, loin d’avoir le vécu de ces femmes égyptiennes.

Wonder

Wonder bd

Bande dessinée écrite par François Begaudeau et dessinée par Elodie Durand, 2016, France

Renée travaille dans une usine de piles en région parisienne. Nous sommes en mai 1968 et à l’occasion d’une manifestation, le monde du militantisme s’ouvre à elle. Elle sera désormais renommée “Wonder” et sera de toutes les soirées de réflexion.

Wonder est une chouette BD sur l’engagement d’une jeune femme en militantisme et en politique. On saisit bien l’ambiance de l’époque et c’est un vrai plaisir visuel d’avoir introduit de la couleur, pages après pages, révélatrice de son engagement (un beau travail de l’illustratrice/coloriste !). Dommage, le personnage de Wonder manque de conviction et de profondeur (peut-être parce qu’elle a été écrite par un homme ?). Pas indispensable, mais sympa quand même.

La différence invisible

Bande dessinée écrite par Julie Dachez et illustrée par Mademoiselle Caroline, 2016, France

Marguerite ressemble beaucoup à une personne ordinaire : elle travaille, elle vit en couple… Pourtant, elle est aussi différente : elle déteste les soirées animées, le bruit, les vêtements trop serrés. Elle ne sait pas mentir, et a du mal à comprendre l’ironie. Chaque jour, elle suit le même parcours, elle déteste l’imprévu ! Epuisée, elle fait des recherches sur internet pour mieux comprendre…

A 27 ans, Julie Dachez a été diagnostiquée autiste Asperger. Ce diagnostic a changé sa vie ! Elle a démarré un blog, puis a écrit cette BD inspirée de sa vie : Marguerite, c’est elle ! La mise en image permet d’illustrer très finement le vécu de Marguerite. A la fin de l’histoire, quelques planches permettent de comprendre encore mieux l’autisme et le syndrome d’Asperger, et de casser de nombreux stéréotypes ! A lire absolument !

Ana Ana

Ana Ana tome 1

Série de bande dessinée jeunesse écrite par Dominique Roques et Alexis Dormal et illustrée par Alexis Dormal, depuis 2012, Belgique

Ana Ana est une petite fille espiègle et pleine d’idées, à qui il arrive diverses aventures du quotidien.

Peut-être connaissez-vous Pico Bogue, son grand frère philosophe hilarant, héros de bande-dessinée : les deux auteurs ont eu la bonne idée de faire vivre à sa petite sœur Ana Ana ses propres aventures. Et c’est une réussite ! Le format est entre l’album jeunesse et la bande dessinée (une introduction à la BD pour les plus jeunes). Ana Ana est adorable, toujours drôle et ravira les plus jeunes (et les plus agé.e.s) d’entre nous !

[Spécial confinement] Le premier album « Ana Ana Douce nuit » est en ce moment disponible gratuitement en ligne sur le site de Dargaud (cliquez sur « Feuilleter cet album »).

Aya de Yopougon

Série de bandes dessinées écrites par Marguerite Abouet et dessinées par Clément Oubrerie, 2005-2010, France, Côte d’Ivoire (6 tomes)

A la fin des années 70, à Abidjan (“Yop-city”), Aya, Adjoua et Bintou ont 19 ans. Aya souhaite devenir médecin quand son père la préfèrerait mariée, pendant que ses deux copines sont de grandes fêtardes. Autour d’elles gravitent de nombreux personnages : parents, petits copains, voisin.e.s, ami.e.s… Un jour, Adjoua apprend qu’elle est enceinte…

Un chouette univers, des héroïnes qui n’ont pas leur langue dans leur poche, et des destins traditionnels de femmes remis en question. C’est un peu tout ça qu’évoque la série Aya de Yopougon ! Une série pleine d’humour, d’espoir, de rêves. Un film d’animation adapté des bandes dessinées existe également.

I’m every woman

Roman graphique écrit et dessiné par Liv Strömquist, 2018, Suède 

Qui sont les “pires petits amis de l’histoire” ? Edvard Munch, Mao Zedong, Ingmar Bergman, Elvis Presley, Joseph Staline ? Difficile de les départager…

Liv Strömquist décortique le comportement de ces hommes célèbres avec leurs compagnes, et au-delà nous parle de la misogynie des hommes, de l’origine des inégalités, de religion, de conservatisme… Alors oui, ça part un peu dans tous les sens ! Mais c’est drôle, cynique, plein de sources bibliographiques pour aller plus loin dans la réflexion. A lire aussi : L’origine du monde.

Joséphine Baker

Roman graphique écrit par Bocquet et dessinée par Catel, 2016, France

Née dans le Mississipi aux Etats-Unis, mariée pour la première fois quand elle avait 13 ans, d’abord artiste de rue, Joséphine Baker arrive à Paris à 20 ans. Elle devient alors une chanteuse et danseuse star, qui va parcourir le monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Résistance française. Puis, elle lutte contre le racisme et la ségrégation. Elle a aussi adopté douze orphelins, qui forment sa “tribu arc-en-ciel”.

Avec les biographies de Ainsi soit Benoîte Groult, Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse, Catel et Bocquet nous offrent encore une fois un roman graphique magnifique, hyper documenté ! Les 564 pages (!) nous permettent de nous passionner pour le parcours extraordinaire de cette héroïne, qu’on réduit souvent à une image sexiste et raciste, ultra-stéréotypée (et qui d’ailleurs est celle de la couverture).

Un autre regard

Bande dessinée écrite et dessinée par Emma, 2017, France

Maternité et violences gynécologiques, sexualités et connaissance de son corps, partage des tâches et charge mentale, racisme et violences policières… voici quelques uns des thèmes traités dans cette BD. Emma explique et analyse des faits de société, rendans accessibles des sujets politiques complexes.

Emma, on la connaît surtout pour sa bande dessinée sur la charge mentale, diffusée sur les réseaux sociaux, qui a contribué à une véritable prise de conscience sur le partage des tâches. Dans Un autre regard, trucs en vrac pour voir les choses autrement, on retrouve ce ton engagé et politique. Depuis, 3 autres tomes ont été publiés : Un autre regard 2, La charge émotionnelle et autres trucs invisibles, Des princes pas si charmants et autres illusions à dissiper ensemble… avec toujours ce même ton incisif et cette pédagogie !

Moi aussi, je voulais l’emporter

Roman graphique écrit et illustré par Julie Delporte, 2017, Canada, Finlande

Julie Delporte fait des recherches sur Tove Jansson, célèbre créatrice des Moomins, dont elle souhaite à l’origine consacrer son ouvrage… puis au fil de sa pensée et de ses pages, c’est d’elle-même et de sa condition de femme qu’elle finit par parler.

Moi aussi, je voulais l’emporter est un ouvrage déroutant. À la croisée entre la bande dessinée, le roman graphique et le carnet de voyage ou de pensées, il s’agit ici d’un petit bijou avec plein d’interrogations d’une femme ordinaire dans ce monde patriarcal. On aime l’auto-représentation de l’artiste non maquillée, avec ses poils aux jambes. Voilà un peu de poésie féministe à mettre dans votre bibliothèque.

L’insoumise 

Bande dessinée écrite par Marie-José Jaubert et dessinée par Chantal Montellier (d’après le film On l’appelait Christine de Marie-José Jaubert), 2013, France 

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes sont en situation de mal logement à Angers. Christine Brisset s’engage alors pour mettre fin à ces situations de précarité. Elle prend la tête d’un mouvement de squatters (plus de 800 occupations !), avant de fonder le Mouvement des Castors. Elle comparaîtra 49 fois devant des tribunaux entre 1949 et 1962…

Tout le monde connaît l’abbé Pierre… mais qui connaît Christine Brisset ? Cette femme engagée et militante a été complètement oubliée, alors que ces actions ont été incroyables, avec un véritable impact sur des populations mal logées vulnérables. Cette BD, adapté du film On l’appelait Christine, est donc indispensable pour mieux connaître notre matrimoine !