Libération des femmes : 40 ans de mouvement 

Essai historique écrit par Françoise Picq, France, 2011

Le 26 août 1970, 9 femmes déposaient une gerbe à l’Arc de Triomphe : “il y a plus inconnu encore que le soldat inconnu : sa femme”. Elles donnaient alors le coup d’envoi d’actions militantes revendiquées par le MLF, le mouvement de libération des femmes.

Dans cet ouvrage de plus de 500 pages, la militante et historienne Françoise Picq décortique les “années mouvement” qui ont suivi. Elle détaille avec une grande précision les années 1970, évoque les nombreuses actions militantes, publications, débats… des féministes d’alors. Elle évoque aussi les conflits qui ont secoué le mouvement, particulièrement entre féministes dites “universalistes” et féministes “différentialistes” (jusqu’au dépôt du nom “MLF” par une fraction de militantes différentialistes, actant la rupture). Elle décrit ensuite le déclin du militantisme avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, puis les débats plus récents (voile, prostitution, parité) et l’arrivée de nouvelles structures militantes dans les années 1990 et 2000 (Mix-Cité, Ni putes ni soumises, Les chiennes de garde…). Elle-même militante, Françoise Picq a vécu de l’intérieur ces “années mouvement”, ce qui fait la force du livre… mais crée aussi une histoire très partisane. On le voit en particulier avec l’évocation des conflits entre féministes hétérosexuelles et lesbiennes radicales : certes évoqués, ces conflits le sont clairement du point de vue d’une militante hétéro, les lesbiennes ont souvent tous les torts… Pour d’autres points de vue, on vous conseille la lecture de Mouvement des lesbiennes, lesbiennes dans le mouvement.

Le consentement

Livre de Vanessa Springora, France, 2020

En 1986, Vanessa a 13 ans quand elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain de 50 ans. La jeune fille a vécu une enfance chaotique, son désir de plaire et d’être aimée sont forts. L’écrivain prédateur, habitué à la mise sous emprise d’adolescentes, le sait très bien. La suite est donc inévitable : une “relation” de près d’un an commence, en parallèle de son acceptation terrifiante par les proches de Vanessa et par la société toute entière (des intellectuel.le.s reconnu.e.s ont à l’époque signé des tribunes réclamant la décriminalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de 15 ans).

Le consentement, c’est le roman témoignage édifiant d’une femme extrêmement courageuse. Plus de 20 ans après les faits, Vanessa Springora raconte son enfance, la mise sous emprise par cet homme puissant, sa “déprise” progressive (quelle force !!) et enfin “l’empreinte” violente et douloureuse que laissera cette “relation” avec un pédocriminel, qui nécessitera un très long processus de reconstruction. L’autrice dénonce la complaisance des milieux littéraires et artistiques français ainsi que de certains médias. Surtout, elle interroge la notion de “consentement” : peut-on vraiment être consentante quand on a seulement 13 ans ? Pour rappel, la loi française n’a elle-même pas tranché cette question, puisque la dernière tentative d’instaurer un seuil d’âge en-dessous duquel les mineur.e.s seraient présumé.e.s ne jamais consentir à un rapport sexuel avec un.e majeur.e a échoué.

Se dire lesbienne. Vie de couple, sexualités, représentation de soi

Essai écrit par Natacha Chetcuti, 2010, France

Natacha Chetcuti, sociologue, écrit un essai novateur et pionnier, qui décrit des parcours lesbiens en s’appuyant sur des récits de femmes rencontrées dans des groupes militants ou des lieux de socialisation en France. Elle décrit notamment 3 parcours lesbiens : les parcours exclusifs (des femmes qui n’ont jamais relationné avec des hommes), les parcours simultanés (des femmes qui ont démarré leur vie sexuelle avec des femmes et des hommes dans une même période avant de ne vivre des relations qu’avec des femmes), et les parcours progressifs (largement majoritaires, dans lesquels des femmes ont d’abord eu des relations exclusivement avec des hommes avant de se tourner vers le lesbanisme).

Cet ouvrage est important dans l’histoire récente du lesbianisme… mais il est déjà assez daté : les lieux de socialisation décrits, notamment, n’existent plus ou ont beaucoup changé (coucou internet). Autre critique : l’insistance de l’autrice sur certaines identités (butch/fem) et certaines pratiques sexuelles (pénétration, sadomasochisme), alors qu’elle dit elle-même qu’elles concernent peu les femmes interrogées pendant son enquête. Au contraire, les enquêtées indiquent plutôt que le lesbianisme leur permet de gommer les catégories de genre et les pratiques marquées par l’hétérosexisme. Bref, des choses à prendre et d’autres à laisser, selon votre propre sensibilité !

Bad feminist

Essai écrit par Roxane Gay, 2014, États-Unis

Pop culture, violences sexistes et sexuelles, sororité, racisme et politique, Roxane Gay aborde dans son essai de nombreux sujets avec un fil conducteur : comment accepter de ne pas être une féministe parfaite et assumer ses contradictions.

L’autrice détricote, avec brio et clarté, des hits de la pop culture : spectacles d’humour absolument sexistes, chansons incitant au viol dont tout le monde connait le refrain, films plus ou moins connus comme La couleur des sentiments et Django Enchained. Il s’agit d’un essai facile à lire, qui balaie plein de sujets clés ! Seul bémol, si vous avez l’habitude de lire des textes théoriques féministes, vous resterez peut-être sur votre faim : on aurait aimé que l’autrice finisse par trancher ou qu’elle aille parfois un peu plus loin.

Roxane Gay a aussi écrit Affamée – Une histoire de mon corps.

Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique 

Essai écrit par Mona Chollet, 2015, France

Ode au foyer, lieu de repos, de protection, de rêves. Mais comment faire dans ce monde où trouver un logement est si compliqué, où tant d’entre nous n’y ont pas accès ? Comment faire quand le foyer devient lieu d’enfermement des femmes, contraintes à une vie de couple et de ménagères accomplies (coucou Titiou Lecoq !) ?

Dans cet ouvrage, Mona Chollet réhabilite les casanier.e.s et invite à repenser l’espace domestique. Pour qu’enfin il soit un vrai refuge, pour toutes et tous, sans mécanismes de domination. La lecture est fluide, drôle… à lire bien au chaud dans son canapé ! A lire également : Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine et Sorcières – La puissance invaincue des femmes.

Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine

Essai écrit par Mona Chollet, 2012, France

Obsession du corps parfait et de la minceur, chirurgie esthétique, concours de beauté pour petites filles, crèmes blanchissantes… Comment la presse “féminine”, la publicité et l’industrie “de la beauté” véhiculent des normes inatteignables, provoquent haine de soi et de son corps, enferment les femmes dans un besoin de perfection et de séduction permanentes ? C’est de tout cela qu’il est question dans Beauté fatale.

Mona Chollet enquête sur les injonctions sexistes à une “féminité” parfaite, qui pèsent sur les femmes et les aliènent. Un essai essentiel, très dense, très documenté, engagé et souvent drôle, qui fait du bien… et qui propose des pistes pour avancer et sortir des carcans imposés. De la même autrice, à lire également : Sorcières – La puissance invaincue des femmes et Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique.

Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ?

Essai écrit par Catherine Vidal, 2012, France

Vraiment, les garçons seraient meilleurs en maths, seuls capables de lire une carte routière ? Les femmes seraient seules capables de faire deux choses à la fois, mais seraient d’incorrigibles bavardes ? Et tout ça, viendrait de nos cerveaux, fondamentalement différents ?

Heureusement, la neurobiologiste Catherine Vidal est là pour remettre les choses à l’endroit ! Elle rappelle que les clichés n’ont aucune justification physiologique, et que la plasticité du cerveau permet d’acquérir de nouvelles compétences tout au long de la vie. Un petit ouvrage très facile à lire, à mettre dans les mains de tous les sceptiques ! Dans la même collection, Hommes, femmes : avons-nous le même cerveau ? est construit un peu différemment mais reprend les mêmes arguments.

Hommes, femmes : avons-nous le même cerveau ?

Essai écrit par Catherine Vidal, 2012, France

Les inégalités salariales et l’inégale répartition des tâches domestiques s’expliquerait-elle par une différence dans le cerveau des filles et des garçons, dès la naissance ?

Non, pas du tout ! Catherine Vidal, neurobiologiste, explique de manière simple les recherches scientifiques récentes sur nos cerveaux, rappelle que les clichés n’ont aucune justification physiologique et que la plasticité du cerveau est égale pour les toutes et tous ! Un ouvrage très accessible et facile à lire. Dans la même collection, Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? est construit un peu différemment mais reprend les mêmes arguments.

Un troussage de domestique

Essai coordonné par Christine Delphy, 2011, France

DSK, victime du puritanisme ? Les femmes, toutes des menteuses ? Les États-Unis, confondraient-ils sexualité et violences sexuelles ?

Un vingtaine d’autrices, journalistes, éditrices, historiennes, militantes, réunies par Christine Delphy, analysent les réactions à l’arrestation puis à l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, en mai 2011 à New-York. Rokhaya Diallo, Mona Chollet, Gisèle Halimi, Titiou Lecoq, Emmanuelle Piet, Audrey Pulvar… toutes remettent en cause les propos des amis de DSK, hommes politiques et journalistes, qui ont assimilé viol et libertinage. Plusieurs années avant #MeToo, elles affirment que la présomption d’innocence ne doit pas empêcher de croire les victimes, que le consentement ne doit jamais être piétiné. Un livre important.

Pas pour les filles

Autobiographie écrite par Mélissa Plaza, 2019, France

Enfant, Mélissa Plaza est déjà passionnée de football ! Mais pour devenir une internationale renommée, les obstacles sont nombreux… à la fois dans sa vie personnelle et dans sa vie académique puis professionnelle. Elle mène en parallèle une thèse sur les stéréotypes de genre dans le sport.

Mélissa Plaza met en lumière le sexisme, les violences et les discriminations qui pèsent sur elle parce qu’elle est femme et sportive de haut niveau. Mais aussi l’immense écart de traitement entre les équipes masculines et féminines, notamment en termes de budget et d’équipements.  Elle transmet sa passion avec ferveur ! Et le tout est rédigé en écriture inclusive, un vrai plaisir à lire !

Pour une autre histoire de footballeuses, on vous conseille la BD Saison des roses.