Lorena, la femme aux pieds légers

Film documentaire réalisé par Juan Carlos Rulfo, 2019, Mexique

Lorena Ramírez, jeune femme autochtone, vit à Chihuahua au Mexique. Elle devient célèbre à 22 ans pour avoir remporté l’ultra marathon de Puebla, en robe et en sandales.

Ce court documentaire d’une demi-heure a le mérite de nous faire découvrir cette femme extraordinaire. Par contre, Lorena ne semble jamais très à l’aise devant la caméra en interview : ça poserait presque question sur les conditions de tournage et son envie d’être filmée ou non.

Portrait de la jeune fille en feu

Long métrage réalisé par Céline Sciamma, France, 2019

Marianne, artiste peintre à la fin du XVIIIème siècle, arrive sur une île bretonne. Une comtesse lui a commandé le portrait de sa fille Héloïse, afin de le faire envoyer à l’homme qu’elle doit épouser à Milan. Mais Héloïse refuse ce mariage, et refuse donc de poser pour réaliser son portrait… Marianne devra se faire passer pour la dame de compagnie d’Héloïse, mémoriser ses traits et la peindre ensuite en son absence.

Portrait de la jeune fille en feu est une merveille, une œuvre d’art ! En plus d’être une très belle histoire d’amour entre deux femmes, le film est un véritable antidote à l’habituel « male gaze », une ode au « female gaze ». Les jeux de regards entre femmes sont magiques. Dans le film, les hommes sont complètement mis à distance : on les voit à peine, ils n’existent presque pas, ou bien seulement en filigrane, à travers mariage forcé et grossesse non désirée. Marianne, Héloïse et Sophie, la domestique, créent une parenthèse de vie entre femmes, une utopie sorore où elles se tiennent les coudes (face aux douleurs des règles, face à l’avortement) et abolissent les normes sociales. Noémie Merlant et Adèle Haenel sont lumineuses. On rit, on pleure, on ne voudrait plus quitter cette bulle d’amour et de sororité.

Céline Sciamma a également réalisé Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles.

Hair Love

Court métrage d’animation réalisé par Matthew A. Cherry et co-produit avec Karen Rupert Toliver, 2019, Etats-Unis

Zuri, petite fille afro-américaine, est prête pour sortir. Il ne reste plus que sa coiffure… mais les tutoriels sur internet ne sont pas si facile à suivre. Son papa arrivera-t-il à surmonter cette épreuve ?

Adorable et nécessaire, Hair Love aborde tout en douceur et avec humour un sujet qui monte ces dernières années : la représentation des femmes noires et la valorisation de leur corps (ici les cheveux), souvent cibles de remarques racistes, ou bien hypersexualisés. A noter également : ce n’est pas la maman qui s’occupe de la petite fille mais le papa, contrant ainsi les habituels stéréotypes (même s’il galère). Le court-métrage a remporté l’Oscars 2020 du meilleur court métrage d’animation. Sur le même thème, on vous conseille l’album jeunesse Comme un million de papillons noirs, qui valorise lui aussi les cheveux des petites filles et femmes noires.

Aggretsuko

Série réalisée par Rarecho, 2016-2018, 2 saisons, Japon

Dans un monde où toutes les personnes sont des animaux, Retsuko, une jeune panda rousse, est une employée classique dans une grosse entreprise japonaise classique. Son plus grand problème dans la vie ? Son supérieur, ultra sexiste et harcelant. Son défouloir pour décompresser ? Chanter du death metal au karaoké !

Quelle bonne surprise que cette série aux épisodes courts (15 minutes environ) ! Mignonne, punchy et féministe, c’est un plaisir de suivre l’héroïne dans la résolution de ses problèmes, dans ses choix de vie, dans la découverte de nouvelles alliées… Un coup de cœur ! On espère que de nouvelles saisons arriveront bientôt !

Julie et Julia

Long métrage réalisé par Nora Ephron, États-Unis, 2009 (d’après Julie & Julia de Julie Powell et My Life in France de Julia Child et Alex Prud’homme)

En 1948, Julia Child et son mari emménagent à Paris. Julia se prend alors de passion pour la cuisine française, et deviendra célèbre grâce à son livre qui propose aux ménagères américaines des adaptations de cette cuisine française. En 2002, Julie Powell vit à New-York… et s’ennuie. Elle décide alors de se donner un défi : cuisiner chacune des 524 recettes du livre de Julia Child… en un an. Elle crée un blog pour relater cette expérience.

Julie et Julia relate les histoires croisées de ces 2 femmes qui… cuisinent ! Pourtant, on ne s’ennuie pas dans ce film très sympathique, et il y a presque du suspense ! Meryl Streep incarne Julia, cette femme très grande et hors du commun, avec brio. Amy Adams n’est pas en reste, et le contraste entre leurs vies si différentes, à 50 ans d’intervalle, est étonnant.

Crash Test Aglaé

Long métrage réalisé par Eric Gravel, 2017, France 

Aglaé adore son métier de technicienne en tests de collisions dans une usine automobile française. Mais un jour, elle apprend que l’usine va fermer et délocaliser à l’autre bout du monde… Elle décide alors de tout quitter et d’accepter le poste équivalent, en Inde. L’entreprise refusant de prendre en charge le billet d’avion, elle part avec ses collègues Liette et Marcelle… en voiture.

Crash Test Aglaé dénonce les absurdités du monde du travail. Mais c’est surtout un road-movie frais, tendre et décalé, qui nous fait notamment traverser les paysages extraordinaires du Kazakhstan. Les 3 collègues, de 3 générations différentes, sont drôles et attachantes. Et puis il restera seulement Aglaé, déterminée à arriver coûte que coûte en Asie… Une héroïne un peu naïve qui devient aventurière malgré elle, enchaîne les rencontres et les moyens de transports, pour finalement trouver un nouveau sens à sa vie. Découvrez aussi le film Prendre le large : un synopsis proche, un style très différent !

Fleur du désert

Long métrage réalisé par Sherry Hormann, Allemagne, Autriche, France, Royaume-Uni, 2009 (basé sur l’autobiographie de Waris Dirie publiée en 1998, Fleur du désert : du désert de Somalie à l’univers des top models)

L’histoire vraie de Waris Dirie, une femme somalienne qui a survécu à l’excision quand elle avait 5 ans, aux menaces d’un mariage forcé avec un homme beaucoup plus âgé quand elle avait 13 ans, à 6 ans d’esclavage à l’ambassade de Somalie à Londres. Elle est ensuite “découverte” par un célèbre photographe de mode, rejoint une agence de mannequins et devient l’une des plus grandes top models au niveau international.

Fleur du désert retrace le parcours d’une femme devenue militante engagée, une des premières à prendre publiquement la parole pour dénoncer les mutilations sexuelles en 1997, avant de devenir “ambassadrice de bonne volonté” de l’ONU puis de créer sa propre fondation. Le film montre également l’amitié et la sororité qui unissent Waris et Marilyn, une jeune femme qui rêve de devenir danseuse, qui l’héberge et l’aide à trouver un emploi. Enfin et même si ce n’est pas forcément l’objectif, le film montre la violence du monde du mannequinat dans lequel est projeté Waris, à travers plusieurs scènes de nudité très gênantes… Attention aussi à la violence d’une scène qui montre l’excision.

Juanita

Long métrage de Clark Johnson, 2019, États-Unis

Juanita, la cinquantaine, est mère de 3 grands enfants désormais adultes, l’un en prison, un autre sur le chemin pour y entrer et une troisième peu indépendante. Juanita est épuisée. Un jour, elle décide de renouer avec ses rêves de jeunesse et de partir en voyage à travers les États-Unis, seule, pour se changer les idées.

Juanita est un chouette film qui raconte l’importance pour une femme de s’accorder du temps pour soi et de se recentrer, notamment après avoir été mère, à la tête d’un ménage, avec toute la charge mentale que cela implique. Le scénario est simple et efficace, pas beaucoup de suspens quant à son déroulé mais on passe un bon moment à suivre cette femme forte écouter ses envies et trouver un nouveau chemin dans sa vie.

Kings

Long métrage réalisé par Deniz Gamze Ergüven, 2018, France, États-Unis

En 1992, Millie vit dans un quartier populaire de Los Angeles. Elle accueille chez elle de nombreux enfants, dont les parents sont absents car victimes de violences policières racistes. Quand les émeutes suite à l’acquittement de 4 policiers blancs accusés d’avoir tabassé Rodney King commencent, elle devra se débrouiller pour veiller sur toutes et tous, avec l’aide inattendue de son voisin, seul blanc du quartier.

Kings est un film saisissant, qui évoque la “petite” histoire de quelques personnes du quartier durant cette semaine d’émeutes à Los Angeles, entrée dans la “grande” histoire des États-Unis. Halle Berry joue son rôle de mère courageuse avec conviction. On regrette peut-être l’introduction d’une romance dans la deuxième partie du film, à moins qu’elle ne soit là pour dénouer la tension qui règne en fil rouge dans le film. Deniz Gamze Ergüven est aussi la réalisatrice du film Mustang.

Séraphine

Long métrage réalisé par Martin Provost, 2008, France

En 1912, quand le collectionneur d’art allemand Wilhelm Uhd s’installe à Senlis, Séraphine devient sa femme de ménage. Il découvre alors que cette femme d’une cinquantaine d’années est une artiste peintre méconnue et décide de la prendre sous son aile.

C’est sûr, le grand mérite de ce film réside dans le fait de nous faire découvrir cette femme artiste, peu connue du grand public, et de nous introduire à son art et ses techniques supposées (très pauvre, elle fabriquait elle-même ses couleurs avec des mélanges de produits divers). Yolande Moreau, comme souvent, est saisissante ! Dommage cependant que le point de vue adopté soit surtout celui du collectionneur, ce qui laisse souvent les spectateurs/trices à distance de Séraphine et de ses émotions. On vous laisse vous faire votre avis !