Les Envolées

Série créée par Diego Martínez Ulanosky, 2020, Mexique

Rocío, Carlota et Vera sont 3 amies d’une vingtaine d’années, qui vivent à Mexico. Aucune n’est pleinement satisfaite de sa vie… La première doit partir poursuivre ses études de médecine en Europe, avec son copain : sa vie semble toute tracée. Carlota est poète et militante féministe ; elle entretient une relation avec un cyber-petit-ami qu’elle n’a jamais rencontré, à qui elle envoie des photos et vidéos d’elle nue. Vera est blogueuse mode, aux tendances autodestructrices. Avant que leurs routes se séparent, Vera propose à ses amies un road trip en direction d’Oaxaca. Sur la route, elles rencontrent Marcela, une jeune femme bien moins privilégiée…

Cette série étonnante a provoqué chez nous des sentiments assez ambivalents. Du positif : 4 jeunes femmes libres aux caractères bien trempés, dont l’une est ouvertement féministe, qui se cherchent. De la sororité, des poils, un début de réflexion sur les inégalités sociales au Mexique, de la musique et plein de couleurs. Et puis du négatif : c’est franchement assez énervant de voir les 3 héroïnes privilégiées s’en foutre parfois royalement des personnes qui les entourent et des conséquences de leurs actes… même si, progressivement, leurs comportements évoluent. Leur vie tourne beaucoup autour d’hommes, souvent passablement toxiques. Les scènes de sexe sont nombreuses et sont montrées frontalement, de même que les violences sexuelles. Le male gaze est bien présent et les insultes (sexistes) nombreuses. Bref, une série qui ne plaira peut-être pas à tout le monde !

The Morning Show

Série dirigée par Kerry Ehrin, depuis 2019, Etats-Unis (en cours)

Depuis 15 ans, la matinale de la chaîne UBA est présentée par Alex Levy et Mitch Kessler. Oui, mais Mitch est accusé de harcèlement sexuel… Pour conserver son poste, Alex désigne une nouvelle binôme, auparavant reporter sur le terrain : Bradley Jackson.

Cette série vibrante d’actualité, jouée et co-produite par deux actrices engagées contre les violences sexuelles (Jennifer Anniston et Reese Witherspoon, toutes les deux excellentes), est implacable. Elle démontre impeccablement comment les enjeux de pouvoir influencent sur les relations interpersonnelles et la culture du silence. Comment, aussi, des hommes blancs puissants maintiennent l’entre-soi au plus haut niveau de la chaîne hiérarchique (un véritable « boys’ club »). Elle évoque la difficulté de se soutenir entre femmes, d’être sorores, dans ce monde d’hommes. La série parle également du traumatisme issu des violences sexuelles et de ses conséquences, y compris des années après. Bref, une vraie démonstration féministe qui fait du bien !

She-Ra et les princesses au pouvoir

Série animée réalisée par Noelle Stevenson, 2018-2020, Etats-Unis (5 saisons)

Adora est une jeune femme, membre de l’armée de la Horde. Alors qu’elle s’aventure dans la forêt des murmures avec son amie Catra, elle trouve une étrange épée… qui lui donne le pouvoir de se transformer en She-Ra, une puissante princesse guerrière. Elle découvre alors les méfaits de la Horde et décide de rallier le camp des princesses pour sauver la planète Etheria.

De l’aventure, de l’humour, des amitiés fortes et des personnages qui grandissent au fil de leur quête, comment ne pas aimer She-Ra ! Nouvelle version d’une série datant de 1985, celle-ci, mise au goût du jour, vaut vraiment le détour notamment par la diversité des personnages qu’elle propose : caractères bien différents, plusieurs nuances de couleurs de peau, silhouettes diverses, personnages masculins (très peu nombreux !) hors des stéréotypes habituels, histoires d’amour entre personnages de même sexe… Les héroïnes (et leurs costumes) ne sont pas sexualisées et les princesses sont même musclées ! Bref, beaucoup d’atouts pour cette série qu’on vous conseille, même avec des plus jeunes.

Polichinelles

Web série réalisée par Sandra Parra et Armand Robin, 2019, France

Marion et Salomé sont en couple. Marion veut un enfant, Salomé ne sait pas encore. Une discussion s’en suit…

Attention, coup de cœur ! Drôle, attachante et pleine de justesse et d’amour, Polichinelles est une série aux minis épisodes sur l’homoparentalité, présentée par un couple de lesbiennes. On suit leur parcours, de leur début de réflexion à leur décision commune d’avoir recours à une PMA artisanale. A ne pas manquer si vous avez l’occasion de la voir. On espère très fort qu’il y aura une suite à la première saison !

Pour une autre histoire de conception dans un couple lesbien, on vous conseille le court métrage Le fruit de nos entrailles.

L’école des petites sorcières

Série animée créée par Yoshinari Yoh, 2017, Japon (2 saisons)

Depuis qu’elle a vu le spectacle de Shiny Chariot étant petite, Akko ne rêve que d’une chose : devenir sorcière elle aussi ! Alors quand la rentrée arrive, elle se rend à l’école Luna Nova avec détermination. Arrivera-t-elle a trouver sa place là-bas, alors qu’elle n’a pas de pouvoirs contrairement aux autres élèves issues de familles de sorcières ?

Cette série est une très bonne découverte : très drôle dans plein de situations, l’héroïne ne baisse jamais les bras et prouve à plusieurs reprises son courage ! On a bien aimé la profonde amitié qui se tisse entre les personnages (quasiment exclusivement féminins) et l’absence d’amourette qui détournerait l’héroïne de ses aventures et quête à accomplir. La rivalité avec une autre élève (très doué en magie contrairement à l’héroïne) peut être agaçante au début mais est approfondie épisode après épisode.

Avant la série, 2 courts-métrages avaient été produits. Il existe également une adaptation en manga !

Jessica Jones

Série créée par Melissa Rosenberg, 3 saisons, 2015-2019, Etats-Unis

La super-héroïne Jessica Jones possède une force incroyable. Mais aujourd’hui, il n’est plus question de sauver le monde, elle est devenue simple détective privée. A moins que son ennemi Kilgrave resurgisse au détour d’une enquête…

Saluée lors de sa sortie, la série Jessica Jones mérite le détour. Il s’agit ici d’une super-héroïne malgré elle, devenue anti-héroïne : elle n’est pas vraiment sympa et ne cherche pas à faire plaisir à son entourage (ça change, ce parti pris vous plaira… ou pas !). Bref, un personnage à l’opposée de sa consoeur super-héroïne Supergirl. Les épisodes prennent le temps de développer plusieurs facettes de sa personnalité, en s’attardant sur le stress post-traumatique qu’elle subit suite à sa relation avec le méchant de l’histoire, qui l’avait mise sous emprise. On aime également la relation qu’elle entretient avec sa soeur Trish, et le développement des autres personnages féminins de la série.

Pour découvrir une autre héroïne de l’univers Marvel en série, on vous conseille Agent Carter.

Mrs. America

Série créée par Dahvi Waller, 2020, Etats-Unis

Fin des années 60 dans l’Illinois. Phyllis Schlafly, mère de famille conservatrice, se révèle être une puissante activiste anti-féministe en se mobilisant contre l’Equal Right Amendment (ERA).

Mrs. America est une série à laquelle on ne s’attendait pas forcément. Ici, la personnage principale, l’héroïne, est anti-féministe ! A-t-elle sa place sur ce site ? Définitivement oui, non pas pour cette personnage, mais pour toute l’histoire qui est racontée au cours des 9 épisodes de la série. Si elle est le fil rouge de la série, c’est surtout le contexte de la conquête de l’égalité des droits aux Etats-Unis dans les années 70 qui est présenté, avec ses stratégies d’influence et de communication. Gloria Steinem, Shirley Chisholm, Betty Friedan, Bella Abzug, ce sont tout autant de figures du mouvement féministe américain que l’on (re)découvre dans cette série. Féministes d’un côté, conservatrices de l’autre… C’est peut-être justement ce qui fait défaut : cette opposition constante entre deux groupes de femmes, quand les réels acteurs du mouvements anti-féministe étaient surtout… des hommes. Gloria Steinem en parle d’ailleurs dans une interview, traduite partiellement dans cet article des Inrocks. Petit plus : le générique introductif est vraiment top !

Même époque, mêmes combats, nous vous conseillons aussi le documentaire Roe v. Wade : La véritable histoire de l’avortement et Ma vie sur la route, l’autobiographie de l’activiste Gloria Steinem.

Poupée russe

Série créée par Natasha Lyonne, Amy Poehler et Leslye Headland, depuis 2019, Etats-Unis

Nadia fête son 36ème anniversaire avec ses ami.e.s. Au cours de la soirée, elle meurt heurtée par une voiture. Elle se retrouve alors de nouveau en pleine soirée d’anniversaire…

Si le scénario peut sembler vu et revu, on vous conseille quand même cette série, pour plusieurs raisons. Elle est entièrement créée et réalisée par des femmes… et ça se voit : pas de male gaze ici, au contraire. La série nous montre une héroïne atypique mais réaliste, pas sexualisée, égoïste, un peu trop franche, qui fume trop et boit trop… mais aussi plusieurs personnages masculins atypiques, éloignés de la masculinité toxique. Drôle mais aussi profonde, Poupée russe met en scène des sujets philosophiques et de société : sans-abrisme, santé mentale, traumatisme…

Land Girls

Série créée par Roland Moore, 3 saisons, 2009-2011, Royaume-Uni

Seconde Guerre mondiale, Nancy et Joyce arrivent en train dans un village de la campagne anglaise pour rejoindre la ferme à laquelle elles ont été affectées pour soutenir « l’effort de guerre » en participant aux travaux agricoles. Elles y feront la rencontre de 2 autres femmes, Bea et Annie, et une foule d’autres personnages avec qui elles partageront désormais leur quotidien.

Sans être la meilleure des séries, Land girls a le mérite de nous faire découvrir un pan de l’histoire des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale : la Women’s Land Army, qui a recruté des dizaine de milliers de femmes dans les campagnes anglaises pour effectuer les travaux des hommes partis à la guerre. A part cela, on suit leur quotidien, leurs amitiés, leurs histoires d’amour, leurs joies et leurs tristesses en temps de guerre.

Queen Sono

Queen Sono

Série créée par Kagiso Lediga, 1 saison (en cours), 2020, Afrique du sud

Queen Sono est une agente secrète efficace quoiqu’un peu rebelle. On la suit dans ses missions à travers l’Afrique, missions qui semblent avoir un lien avec le décès de sa mère, célèbre activiste morte assassinée.

C’est une bonne idée d’avoir choisi cette héroïne charismatique pour la première série africaine Netflix ! L’intrigue est un peu dense en rebondissements sans se prendre au sérieux. Telle une James Bond moderne, Queen mène ses missions avec brio (et souvent avec beaucoup de casse et de classe !) épisode après épisode. Son personnage est complexe, plusieurs aspects de sa personnalité entrent en jeu tout au long de la série. Les personnages secondaires sont aussi intéressants même si on regrette d’en savoir si peu sur une des autres personnages féminins de la série : on espère que son potentiel narratif sera développé dans la saison 2 ! Quelque chose d’étrange tout de même dans la série : la prédominance de l’anglais alors que les scènes se déroulent dans plein de pays d’Afrique différents, aux patrimoines linguistiques riches.